Résumé
La chronique du mois vise à faire le point sur des éléments de base de neuro-anatomie fonctionnelle ou de neurophysiologie. Elle a pour objectif de rappeler la neuro-anatomie de manière ludique et accessible.
Comme « Le simple est toujours faux », il sera nécessaire pour le lecteur de garder un œil critique et d’accepter que la chronique soit orientée vers un public non spécialisé.
Introduction
Parmi les douze paires de nerfs crâniens, le nerf facial (VII) occupe une place à part, tant par la diversité de ses fonctions que par la complexité de son anatomie. Loin de se limiter au contrôle des expressions faciales, il constitue un véritable carrefour neurofonctionnel où s’entrecroisent motricité, sensibilité, gustation et innervation végétative.
Son action s’étend ainsi de la mobilité des muscles peauciers – permettant de sourire, de froncer les sourcils, de fermer les paupières ou d’exprimer les émotions – jusqu’à la sécrétion lacrymale, salivaire et nasale, en passant par la perception gustative des deux tiers antérieurs de la langue.
Cette polyvalence trouve son origine dans la double composition du VII, formé du nerf facial proprement dit, essentiellement moteur, et du nerf intermédiaire (VII bis), porteur des fibres gustatives, sensitives et parasympathiques. Ensemble, ces deux contingents forment un système unifié, mais multipolaire, capable de coordonner des mécanismes aussi variés que la protection oculaire (par le réflexe de clignement), la modulation de la salivation ou l’expression des émotions.
Sur le plan anatomique, son trajet – depuis ses noyaux pontiques jusqu’à ses ramifications terminales dans la glande parotide – est l’un des plus sinueux et des plus étroitement enchâssés du corps humain (Fig. 1). Il traverse successivement le tronc cérébral, l’oreille interne, la caisse du tympan et la mastoïde avant d’émerger dans la région parotidienne où il se divise en un éventail de branches motrices fines et vulnérables. La configuration complexe de ce trajet, notamment dans l’os temporal, explique que le VII soit exposé à des pathologies variées : otites, mastoïdites, fractures du rocher, tumeurs parotidiennes ou complications chirurgicales.
Le nerf facial est également un acteur central en sémiologie neurologique. La distinction entre atteinte centrale et atteinte périphérique repose sur des éléments subtils, mais essentiels, tels que la préservation ou non de la mobilité frontale. De même, des tableaux emblématiques comme la paralysie faciale périphérique aiguë (paralysie de Bell) ou le syndrome de Ramsay-Hunt – associant douleur, éruption vésiculaire et déficit facial – illustrent la complexité de sa clinique.
Anatomie et origine du nerf facial (Fig. 1)
Le nerf facial naît du tronc cérébral, plus précisément du sillon bulbo-pontique, au sein du paquet acoustico-facial qui réunit le VII, le VII bis et le VIII.
Il comporte deux contingents distincts :
• le nerf facial proprement dit : essentiellement moteur ;
• le nerf intermédiaire (VII bis) : fibres sensitives, végétatives et gustatives.
Ces fibres émergent du pont après avoir transité par plusieurs noyaux fonctionnellement spécialisés.
Les noyaux du facial
Comme pour le trijumeau, l’organisation nucléaire du VII repose sur un ensemble coordonné de noyaux distribués dans le pont et la jonction bulbo-pontique.
Le noyau moteur du facial (Fig. 1)
Situé dans la partie caudale du pont, il contient les motoneurones commandant les muscles peauciers du visage, l’orbiculaire des paupières, le buccinateur, le stapédien (dans l’oreille moyenne) et le platysma.
Sa particularité anatomique majeure est le circuit intra-pontique des axones qui contournent le noyau de l’abducens (VI) avant de rejoindre la surface ventrale du tronc cérébral : phénomène à l’origine du “genou interne” du facial.
Le noyau salivaire supérieur
Il constitue le centre d’origine des fibres végétatives parasympathiques destinées aux glandes lacrymales, submandibulaires, sublinguales et aux glandes nasales.
Le noyau du tractus solitaire
Il reçoit la gustation des deux tiers antérieurs de la langue, véhiculée par les fibres du VII bis via la corde du tympan.
Le noyau spinal
du trijumeau (partie VII)
Certaines fibres sensitives somatiques du VII (pavillon de l’oreille, méat acoustique externe) projettent, comme celles du trijumeau, vers le noyau spinal du V, expliquant la continuité fonctionnelle entre ces deux nerfs.
Trajet intracrânien et intrapétreux (Fig. 2)
Après son émergence, le VII pénètre dans le méat acoustique interne accompagné du VIII et du VII bis.
Il suit ensuite un trajet en trois segments dans l’os temporal :
1. le segment labyrinthique : court et étroit, il débouche sur le ganglion géniculé, où siègent les corps cellulaires sensitifs et gustatifs ;
2. le segment tympanique : le nerf longe la caisse du tympan, ce qui explique les paralysies faciales d’otites et mastoïdites ;
3. le segment mastoïdien : il descend dans la mastoïde et émet la corde du tympan, qui rejoindra le nerf lingual (V3) pour la gustation et la sécrétion salivaire.
Enfin, il quitte le rocher par le foramen stylomastoïdien, point de sortie extracrânien (Fig. 3).
Trajet extracrânien et branches terminales (Fig. 4)
À la sortie du foramen stylomastoïdien, le nerf facial :
• pénètre la glande parotide,
• se divise en deux troncs principaux : temporofacial et cervicofacial,
• puis en cinq branches terminales :
1. branche temporale,
2. zygomatique,
3. buccale,
4. marginale mandibulaire,
5. cervicale.
Ces branches assurent la motricité peaucière du front jusqu’au cou.
Les rapports étroits avec la parotide expliquent l’incidence des paralysies faciales postopératoires lors de la chirurgie parotidienne.
Rôles fonctionnels du nerf facial
Le nerf facial (VII) se distingue par la diversité exceptionnelle de ses fonctions. À la croisée de la motricité, de la sensibilité, de la gustation et de l’innervation végétative, il assure une série d’actions essentielles à la communication, à la protection oculaire et au maintien de l’homéostasie oro-faciale. Cette pluralité fonctionnelle repose sur les fibres complémentaires issues du nerf facial proprement dit et du nerf intermédiaire, qui convergent dans un même tronc nerveux avant de se distribuer vers leurs cibles périphériques.
Fonction motrice :
le nerf de la mimique
• La fonction la plus emblématique du VII est la commande des muscles peauciers du visage, responsables de la mimique. Par ses branches terminales, il innerve les muscles du front, de la paupière, des joues, des lèvres et du cou, permettant la réalisation de mouvements expressifs et volontaires tels que sourire, froncer les sourcils, cligner des yeux ou gonfler les joues.
• Il assure également l’innervation du muscle orbiculaire de l’œil, indispensable à la fermeture palpébrale, un acte essentiel de protection cornéenne. L’intégrité du VII est donc nécessaire pour prévenir le dessèchement de la cornée et la survenue d’ulcérations en cas de paralysie.
• Enfin, le nerf facial innerve le muscle stapédien dans l’oreille moyenne, dont la contraction atténue les vibrations transmises à l’oreille interne : un mécanisme protecteur contre les sons trop intenses.
Fonction végétative : contrôle des sécrétions lacrymales et salivaires (Fig. 5)
Le contingent parasympathique du VII bis joue un rôle majeur dans la régulation des sécrétions exocrines de la sphère oro-faciale.
• Par l’intermédiaire du nerf pétreux superficiel, le VII stimule la sécrétion lacrymale via la glande lacrymale.
• Par la corde du tympan, qui rejoint le nerf lingual (V3), il assure la sécrétion des glandes submandibulaires et sublinguales, sources d’une grande partie de la salive séreuse.
• Il contribue enfin à l’innervation sécrétoire des muqueuses nasales et palatines.
Ce contingent parasympathique participe à l’humidification continue des surfaces muqueuses et à la physiologie de la salivation, indispensable à la déglutition, à la phonation et au maintien d’un milieu buccal sain.
Fonction sensitive : innervation de l’auricule et du méat acoustique (Fig. 6)
Le VII ne se limite pas à la motricité et aux sécrétions : il possède également un rôle sensitif somatique. Des fibres issues du VII bis assurent la sensibilité cutanée d’une zone auriculaire précise : le tiers moyen de la conque, le méat acoustique externe et la face externe du tympan.
Cette innervation explique certains tableaux cliniques comme la douleur otalgique dans le zona du ganglion géniculé (syndrome de Ramsay-Hunt), où l’atteinte du VII s’accompagne d’une éruption vésiculaire dans cette région.
Fonction sensorielle spéciale :
la gustation (Fig. 7)
Le nerf facial intervient dans la perception gustative grâce à la corde du tympan, qui véhicule les fibres sensorielles issues des bourgeons gustatifs des deux tiers antérieurs de la langue.
Ces fibres rejoignent ensuite le nerf lingual (V3), puis le VII bis, avant de faire synapse dans le noyau gustatif du tractus solitaire.
Cette organisation explique l’association fréquente d’un trouble du goût aux paralysies faciales périphériques atteignant le segment tympanique ou mastoïdien du VII.
Exploration clinique
L’examen du nerf facial repose sur une série de gestes simples :
• fermer les yeux fortement (orbiculaire),
• hausser les sourcils (front),
• sourire/montrer les dents (zygomatiques et buccinateur),
• siffler, gonfler les joues,
• test de Schirmer pour la sécrétion lacrymale,
• évaluation de la gustation sur la langue antérieure.
Clinique : grandes atteintes
du nerf facial (Fig. 8)
Paralysie faciale périphérique (PFP)
• Déficit complet d’une hémiface : front inclus.
• Souvent idiopathique (paralysie de Bell), parfois infectieuse (herpès simplex) ou otitique.
Zona du ganglion géniculé (syndrome de Ramsay-Hunt)
• Paralysie faciale,
• douleurs intenses,
• vésicules du méat acoustique,
• possible atteinte vestibulo-
cochléaire.
Paralysie faciale centrale
Le front est épargné, car le noyau facial supérieur reçoit une double innervation corticale. Cause principale : AVC.
Paralysies post-chirurgie parotidienne
Conclusion
Le nerf facial (VII), par la richesse de ses contingents et la complexité de son trajet, illustre parfaitement la finesse du système nerveux crânien. Moteur de la mimique, médiateur de la gustation, pivot des sécrétions lacrymales et salivaires, il se situe à la croisée des fonctions expressives, sensorielles et végétatives.
Son trajet pétreux, son émergence au sein du paquet acoustico-
facial et ses rapports étroits avec la parotide constituent des repères essentiels, tant en neuro-anatomie qu’en clinique.
La diversité de ses syndromes (paralysie périphérique, Ramsay-Hunt, neuropathies iatrogènes) rappelle la nécessité d’une connaissance topographique précise pour guider le diagnostic et orienter la prise en charge.
Correspondance : pa.pioche@ch-moulins-yzeure.fr
L’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt.








