Webinaire Abbvie maladie de Parkinson

L'expertise scientifique

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Pourquoi le neurologue doit-il s’intéresser au changement climatique ? À propos de cas cliniques liés au changement climatique

• Les effets neurologiques du changement climatique concernent déjà notre pratique.

• Nous allons devoir adapter notre pratique dans une perspective de santé publique et mettre l’accent sur la prévention et le conseil à nos patients pour faire face notamment aux événements extrêmes (canicules) qui sont prévisibles.

• Nous devons aussi nous préparer à prendre en charge des patients présentant des pathologies toxi-infectieuses nouvelles en métropole, bien connues sous les tropiques. 

Résumé

Le changement climatique, dont les caractéristiques sont brièvement décrites, s’impose maintenant dans nos agendas. Ses conséquences sanitaires avaient été annoncées dès les années 1980 aux États-Unis. Elles concernent maintenant notre pratique de neurologue, comme le montrent les quatre cas cliniques que nous présentons. Ceux-ci illustrent deux aspects du changement climatique : les événements extrêmes (cyclones, canicules, pics de pollution) et le réchauffement de la surface des océans et des terres à l’origine d’une « tropicalisation » en Europe. Nos cas illustrent quatre conséquences neurologiques typiques : un syndrome de stress post-traumatique à la suite d’un cyclone, un accident vasculaire ischémique favorisé par la pollution de l’air et une canicule, une toxi-infection alimentaire par ciguatera, et une dengue d’importation. Parmi les leçons à tirer, soulignons que nous devons nous former pour nous préparer à prendre en charge efficacement nos patients.

Abstract

Why should neurologists care about climate change?

Climate change, which is briefly described, prevails now in our diary. Its health consequences were predicted in the 1980s in the USA. Nowadays, they affect our neurological practice, as demonstrated by the following four clinical cases. The latter illustrate the two aspects of climate change: extreme events (cyclones, heat waves, pollution peaks) and the warming of ocean and land surface, leading to the «tropicalization» of Europe. Four typical neurological consequences are described: cyclone-induced post-traumatic stress disorder, ischemic stroke related to air pollution and a heat wave, ciguatera food poisoning, and an imported dengue fever case. Among the lessons to be drawn, we stress the major importance of training for neurologists’ preparedness in order to efficiently prevent and care neurological disorders.

Keywords: Climate change, Post-traumatic stress disorder, Dengue, Ciguatera, Ischemic stroke, Heatwave

 

Introduction

Est-ce une nouvelle surprenante que d’apprendre par Copernicus.eu que l’année 2025 est en voie d’être la deuxième année la plus chaude, avec un mois de novembre au troisième rang des plus chauds jamais enregistrés ? Informés, quasi quotidiennement par les médias, les Français placent le changement du climat parmi leurs préoccupations majeures. C’est ce que montrent les baromètres d’opinion, dont celui de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) qui évalue « la perception des risques par les Français ». Le « dérèglement climatique », dans le trio de tête depuis quelques années, est considéré comme le risque majeur (37 %).

Comment le monde médical en général, et en particulier les ­neurologues, fait-il face à ces problèmes ? Que savons-nous du changement climatique et de son impact sanitaire ? Sommes-nous préparés à répondre aux interrogations de nos patients ? Comment notre pratique quotidienne est-elle influencée ? Et finalement, pourquoi devons-nous tenir compte du changement climatique ?

C’est à ces questions que cet article tente de répondre.

La prise de conscience

Les prémices scientifiques du changement climatique datent du XIXe siècle, avec les travaux de John Tyndall et de Svante Arrhenius, concernant les gaz à effet de serre. La notion de changement climatique a été introduite par les climatologues. Par ailleurs, la prise de conscience de ses effets sanitaires potentiels date de la deuxième moitié du XXe siècle. Citons l’impact du livre L’utopie ou la mort de René Dumont aux Éditions du Seuil en 1973. Puis, à la suite de l’article d’Alex Leaf publié en 1989 dans le New England Journal of Medicine, alertes médiatiques et conférences se sont multipliées. Elles sont fondées sur des études épidémiologiques relatives aux liens « réchauffement climatique – canicules – santé » et ont souligné la persistance d’une incertitude concernant l’ampleur des risques. Il faudra attendre la canicule de 2003 en France pour que soit publiée la première étude concernant son incidence sur les patients présentant une sclérose en plaques [1]. Par la suite, et notamment lors du Congrès mondial de neurologie de 2011 à Marrakech, le Groupe de neurologie environnementale de la Fédération mondiale de neurologie va contribuer à la prise de conscience de la communauté neurologique [2].

Changement climatique, définitions et sémantique

Pour l’Organisation mondiale de la météorologie (OMM), « le climat désigne les conditions météorologiques moyennes d’un lieu donné sur une longue période, allant de quelques mois à des milliers, voire des millions d’années. L’OMM utilise une période de 30 ans pour déterminer le climat moyen ». Ces conditions concernent les qualités atmosphériques et notamment la température de l’air, les précipitations et le vent. Le changement climatique, défini en 2013 par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est défini ainsi : « Variation de l’état du climat qu’on peut déceler (au moyen de tests statistiques, etc.) par des modifications de la moyenne et/ou de la variabilité de ses propriétés et qui persiste pendant une longue période, généralement pendant des décennies ou plus ». L’expression « réchauffement climatique » ne concerne donc qu’un aspect du changement climatique.

De manière schématique, le changement climatique est caractérisé, d’une part, par une augmentation de la température moyenne de surface de la Terre (continents et océans), la modification du régime des précipitations, des vents et des courants marins et aériens et, d’autre part, par une variabilité excessive de ces variables, à l’origine des événements climatiques extrêmes. En somme, la tendance de fond s’accompagne de poussées extrêmes.

Le changement climatique a des caractéristiques multiples

•  Inertie, rémanence et irréversibilité. Compte tenu de son inertie, le système s’est modifié lentement et progressivement sous l’action des émissions de gaz à effet de serre, principalement. Latence et lenteur expliquent aussi le retard de perception de ce changement. Pour ces mêmes raisons, quand les causes perturbatrices auront disparu, ces modifications vont persister et pourront même s’aggraver ; c’est la rémanence. En conséquence, nos sociétés humaines devront s’adapter. Si un nouvel équilibre survient, il sera différent de l’état de départ.

•  Chaos et extrême variabilité. Le comportement chaotique du système climatique et l’augmentation de sa variabilité créent une incertitude et l’imprévisibilité des phénomènes climatiques. Néanmoins, la tendance générale est à l’augmentation des événements extrêmes, en fréquence, en durée et en intensité.

•  Hétérogénéité. Si le réchauffement global (en moyenne) est la tendance de fond, son impact n’est pas homogène ; certaines régions du globe sont davantage affectées. De nombreux paramètres physiques interviennent, latitude, orographie, situation continentale, proximité des océans, ­biosphère. Ces paramètres expliquent à la fois les divers types de climats que nous connaissons et les conséquences différentes. Les risques liés au changement climatique sont appréciés à une échelle régionale, voire locale. C’est ce que font par exemple les sociétés d’assurances, qui refusent une couverture assurantielle ou demandent des primes importantes, voire exorbitantes, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. Le réchauffement des mers et océans est à l’origine d’une tropicalisation des écosystèmes au-delà des tropiques, par exemple pour la mer Méditerranée et l’océan Atlantique autour des îles Canaries et l’île de Madère. Cette hétérogénéité explique aussi le phénomène de l’amplification arctique et la nécessité de définir une canicule en prenant en compte la température moyenne dans la région où survient cette canicule [3].

•  Aggravation liée à l’humain. En sus du rôle majeur des humains dans la genèse du changement climatique, les humains ont modifié les espaces (par exemple, l’imperméabilisation des sols) et se sont installés dans des zones à risque (zones inondables du pourtour méditerranéen). Ils se sont donc rendus vulnérables, sans en avoir forcément conscience [3].

Le changement climatique concerne déjà notre pratique

Quelques exemples d’histoires cliniques illustrent ce constat.

Mamoudzou (Mayotte, océan Indien), 5 mai 2025

À Mayotte, une jeune femme de 30 ans me consulte pour des céphalées. Cette Antillaise vit depuis 3 ans à Mamoudzou et travaille comme assistante en pharmacie. En 2021, elle a été opérée d’un adénome hypophysaire à prolactine révélé par une aménorrhée qui évoluait depuis 2013. Outre des céphalées persistantes et des difficultés à s’endormir, elle se plaint d’épisodes anxieux aigus et d’un stress constant sur un fond d’anxiété chronique. Son examen clinique est normal. L’interrogatoire retrace son histoire récente. Depuis le 19 décembre 2024, elle est en arrêt travail à la suite du cyclone Chido survenu le 14 décembre 2024 et d’un harcèlement au travail. Sur l’échelle d’évaluation du stress post-­traumatique PCL-S, son score est de 60 (17 items maximum à 5 soit 85). Le diagnostic de stress post-traumatique est posé. Malheureusement aucune prise en charge psychothérapique ne sera possible dans le département [4].

Annecy (Haute-Savoie, Auvergne-Rhône-Alpes), 23 août 2023

Par cette belle journée d’été, une jeune femme en vacances au bord du lac présente brutalement en début d’après-midi un accident vasculaire cérébral ischémique (AVCi). Elle est hospitalisée en urgence ; la thrombolyse est réalisée. Elle récupère sans séquelles. Dans la quarantaine et ayant deux enfants, elle n’a pas d’antécédents particuliers sauf des migraines cataméniales induisant la prise d’anti-­inflammatoires. Le bilan met en évidence un foramen ovale perméable (FOP) associé à un anévrysme du septum ­interauriculaire (ASIA) et des varices pelviennes. On aurait pu s’arrêter à ce diagnostic, le FOP/ASIA expliquant 25 % des AVC ischémiques du sujet jeune ! Le collègue qui me rapporte cette histoire a effectué une anamnèse précise et une enquête extensive. Cette jeune femme sportive, qui avait l’habitude de faire du jogging, avait couru une dizaine de kilomètres autour du lac dans la matinée.

Selon Météo France la température minimale du 23 août était de 20,2 °C (à 4 h 51 UTC) et la maximale de 38,4 °C (15 h 55 UTC). Nous étions en pleine canicule. Malgré une absence d’alerte, la pollution de l’air sur Annecy durant la journée du 23 août 2023 n’était pas négligeable. Selon les stations de mesures, la moyenne oscillait pour le NO2 entre 7,1 et 25,3 µg/m³, pour l’ozone de 76,8 à 86,9 µg/m³, et pour les PM10 de 31 à 32,2 µg/m³. En revanche, l’ozone avait dépassé 100 µg/m³ entre 10 h et 19 h sur les deux stations de mesures ; et des pics de NO2 à 73 µg/m³ et de PM10 à 66 µg/m³ avaient été notés. Le rôle favorisant de la température (à Toulouse, on parle de canicule quand la température dépasse durant 3 jours 36 °C le jour/21 °C la nuit) et de la pollution par l’ozone [5] lors d’un effort physique intense peut être suspecté en ce qui concerne la constitution de l’embole périphérique, le FOP/ASIA expliquant l’AVCi.

Paris (Île-de-France), 3 septembre 2008

Un trentenaire est admis à l’hôpital Tenon en raison de la persistance d’un prurit avec lésions de grattage, arthralgies, myalgies et faiblesse musculaire [6]. Le bilan biologique de routine et l’examen parasitologique des selles étant normaux, l’anamnèse permet de poser le diagnostic de ciguatera. Alors en vacances à Puerto Plata, en République dominicaine, le patient avait présenté le 17 août, environ 4 heures après avoir consommé du poisson, des symptômes digestifs (crampes abdominales et diarrhée), régressifs en 3 jours. Un ami avait présenté les mêmes symptômes ; mais son épouse, qui avait été épargnée, n’avait pas mangé de poisson. Un prurit généralisé insomniant était apparu 24 heures après le début de la maladie, associé à des céphalées, arthralgies, myalgies et paresthésies buccales et des extrémités. Cette publication fait aussi état d’un autre patient de retour du Vietnam avec une prédominance des manifestations neurologiques, dont le diagnostic avait été posé par le neurologue en raison du signe pathognomonique qu’il présentait : l’allodynie au froid.

Wikipédia rapporte la description que James Cook fit de sa propre intoxication le 7 septembre 1774 aux Nouvelles-Hébrides : « Vers trois heures du matin, nous nous trouvâmes atteints d’une ­extraordinaire faiblesse et d’un engourdissement de tous les membres », mettant l’accent sur une présentation plutôt neurologique d’emblée. Les manifestations neurologiques, qui suivent habituellement les signes digestifs, sont parfois associées à des signes cardiovasculaires. Ils peuvent persister, se présenter sous forme de rechutes, voire devenir chroniques. Si, outre l’allodynie au froid pathognomonique et la consommation de poisson sous les tropiques sont évocatrices, chez des voyageurs venant des Caraïbes ou des régions bordant l’océan Pacifique, comme la Polynésie, nous ne devrions plus être surpris d’observer des cas ­autochtones en Europe !

La ciguatera est endémique dans les régions coralliennes. C’est la destruction des récifs coralliens et leur envahissement secondaire par des algues microscopiques (Gambierdiscus spp, Fukuyoa spp) qui sont à l’origine de la ciguatera [7]. Ces algues, dinoflagellés qui sécrètent la ciguatoxine (CTX), constituent l’alimentation des poissons herbivores, proies des poissons carnivores et de certains crustacés. L’homme est en fin de cette chaîne alimentaire qui a vu la toxine être progressivement concentrée. En raison notamment du réchauffement des océans, ces microalgues se retrouvent en Méditerranée (Chypre, Grèce) et dans les Canaries, les Açores et Madère, sans forcément que les poissons soient contaminés. Un média espagnol rapporte que 125 cas d’intoxication par la ciguatoxine ont été diagnostiqués dans les îles Canaries entre 2008 et 2022 [8]. L’Institut Louis Malardé à Papeete (Polynésie française) assure une veille épidémiologique dans le Pacifique et dispense un enseignement dédié aux toxines marines.

Poitiers (Vienne, Occitanie), 1997

En 1997, la dengue est encore rare en métropole et concerne surtout des cas d’importation, notamment de forme hémorragique [9]. En 2025, la situation a radicalement changé : des cas de dengue autochtones sont observés dans toute l’Europe, et notamment dans le pourtour méditerranéen. En France, le vecteur est connu ; c’est le moustique Aedes albopictus. En mai 2025, il est présent dans 71 départements. Après piqûre par un moustique infecté, la durée d’incubation varie de 5 à 15 jours [9]. La forme « bénigne, classique » est la plus fréquente, se traduisant cliniquement par un syndrome infectieux, avec fièvre élevée, frissons, altération de l’état général, nausées, douleurs abdominales, diarrhées, céphalées, myalgies, arthralgies [9]. Les formes sévères sont hémorragiques (moins de 1 %), avec état de choc et complications neurologiques diverses [9]. Dans de rares cas inhabituels, les symptômes neurologiques prédominent dès le début, compliquant le diagnostic positif et différentiel avec le neuro-paludisme et l’encéphalite japonaise pour les cas importés [9].

Rappelons que la dengue représente une menace globale avec plus de 10 millions de cas déclarés dans 176 pays ; elle est en situation endémique dans tous les DOM-TOM tropicaux. La diffusion, la survie et la reproduction des vecteurs (Aedes aegypti et A. albopictus) sont corrélées au changement climatique, comme le suggéraient déjà les recherches conduites dès 1987. Plus récemment, les corrélations entre la saisonnalité des épidémies de dengue et des phénomènes climatiques (El Niño – Oscillation australe, anomalies de la température de surface de l’océan Indien) ont été confirmées, permettant d’anticiper les risques épidémiques.

Que devrions-nous savoir des effets neuropsychologiques du changement climatique ?   

Approches d’analyse et anticipation des risques

Deux approches complémentaires et synthétiques sont souhaitables. Nous considérerons les risques spécifiques engendrés par un danger d’événement climatique, puis les pathologies neurologiques en examinant les causes climatiques potentielles, et enfin nous examinerons les vulnérabilités individuelles.

Les conditions météorologiques et leur évolution locorégionale étant prévisibles à court terme (moins de 2 semaines pour les événements extrêmes) tout comme la tendance climatique (réchauffement et précipitations) et les risques sanitaires étant connus, des anticipations sanitaires sont possibles. Parmi les risques majeurs (en termes de mortalité), les canicules et événements cycloniques sont déjà surveillés et suivis par les agences en charge avec des annonces d’alerte appropriées (alertes de Météo France, entre autres). Le tableau 1 présente les événements extrêmes et leurs risques neuropsychologiques [3].

Effets neurologiques du changement climatique

Les effets neurologiques du changement climatique sont abordés dans des revues générales par types de pathologies (neuro-infections, accidents vasculaires, démences, céphalées, etc.) [10] parfois associés à la pollution de l’air. Les données restent encore rares [10]. La majorité des études provient des États-Unis, de Chine et d’Europe [10], concernant des zones climatiques limitées et explorant le lien d’une pathologie plus particulièrement avec les variations de température. Comme le souligne le rapport de 2014 du GIEC, c’est une augmentation de l’incidence de pathologies existantes qui est observée : « Climate change will act mainly by exacerbating health problems that already exist ». Le changement climatique n’est donc pas à l’origine de nouvelles pathologies, mais affecte et exacerbe des pathologies préexistantes. Quelques exemples de pathologies dont l’incidence est augmentée par le changement climatique en Europe sont donnés dans le tableau 2 [3].

Le cas particulier de la sclérose en plaques

La SEP est un cas particulier. L’augmentation de la température corporelle induite par l’exercice ou un réchauffement passif provoque le phénomène, qu’Uhthoff a décrit en 1890, chez 60 à 80 % des patients ayant une SEP ou une neuromyélite optique. Il s’agit d’une aggravation temporaire des symptômes visuels, cognitifs, moteurs et de la fatigue [11]. Les études concernant le lien température extérieure et fonctions cognitives sont contradictoires, alors que son élévation augmente la fatigue [11]. Mais, lors de la canicule de l’été 2003 en France, il n’y a eu aucune recrudescence des hospitalisations ou de rechutes de patients atteints de SEP à Besançon, par rapport aux 3 années précédentes [1].

Extension des maladies infectieuses

Le rapport du GIEC précise aussi : « New conditions may emerge under climate change (low confidence), and existing diseases (e.g., food-borne infections) may extend their range into areas that are presently unaffected (high confidence) ». La « nouveauté » réside donc dans l’extension de maladies existantes, notamment infectieuses et tropicales, à des régions auparavant épargnées, comme nous l’avons évoqué précédemment.

Le tableau 3 présente quelques données concernant les risques infectieux vectoriels émergents en Europe, selon les données recueillies par l’ECDC (European Centre for Disease Prevention and Control) en date du 12 décembre 2025. Le CDC européen offre des informations régulières concernant l’ensemble des pathologies infectieuses en Europe et dans le monde.

Sommeil et canicules

De manière surprenante, les revues générales ne s’intéressent pas au sommeil, si ce n’est pour noter que l’insomnie favorise la survenue de crises chez les patients épileptiques [10] ! Or l’insomnie est la gêne (au minimum) habituelle lors d’une canicule, affectant surtout les patients neurologiques. L’adaptation pour préserver la qualité du sommeil est déterminante pour la « santé cérébrale » par exemple en cas de canicule [12]. Une large étude coréenne montre que parmi les 120 166 participants vivant en milieu urbain, chaque augmentation relative de 1 °C (par rapport à la moyenne annuelle) est associée à une baisse de la qualité du sommeil, avec une durée plus courte et une fragmentation, à des cauchemars, à une sensation de froid intense, avec toux, ronflements et même douleurs nocturnes [14]. Les îlots de chaleur urbains seraient impliqués. Les troubles du sommeil accompagnent aussi tous les troubles ­psychologiques secondaires aux événements extrêmes, et notamment le syndrome de stress post-traumatique [4].

Vulnérabilité individuelle et traitements

La vulnérabilité individuelle est liée à une difficulté d’adaptation à des situations aiguës ou/et évolutives [15]. Les patients ­neurologiques présentent souvent une altération de leurs capacités physiologiques, liée, d’une part, à la maladie (troubles du sommeil et des biorythmes, atteinte du système nerveux autonome, de la cognition et de la thermorégulation) et, d’autre part, aux traitements (bêtabloquants, diurétiques, laxatifs, anticholinergiques, salicylates, agonistes thyroïdiens, psychotropes). Ces derniers peuvent induire des troubles vasomoteurs (vasodilatation périphérique, diminution de la densité capillaire, altération de la microcirculation cutanée), une altération de la fonction sudorale avec une baisse du débit sudoral. Des effets secondaires, par exemple une hyperthermie, sont possibles avec les psychostimulants (cocaïne, méthamphétamine) et les opioïdes (fentanyl) [15].

Comment nous préparer ?

Dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère où nous vivons, le changement climatique n’est que l’un des aspects des changements globaux affectant la Terre et donc les humains. Ceci est essentiel pour prendre en compte les enjeux, hiérarchiser les dangers et évaluer les risques auxquels l’humanité fait déjà face. Un bon exemple est l’anticipation d’un doublement des cas de maladie de Parkinson dans les 20 prochaines années, difficilement attribuable au changement climatique ! Ce n’est donc ni la seule cause, ni le seul problème planétaire !

Tout en prenant en compte ce constat, le changement climatique et notre éthique imposent de nous préparer à ses conséquences sanitaires. Nous devrons suivre nos patients et aussi prendre en charge des plaintes plus banales. Il nous faudra reconnaître des pathologies exotiques et toxi-infectieuses tropicales émergentes en Europe. Il nous faudra assurer un rôle de santé publique et participer à la prise en charge des problèmes psychiques des victimes des événements extrêmes.

Le changement climatique représente l’occasion de nous ouvrir à une dimension inhabituelle, la santé publique, dans la perspective du concept de « Brain Health ». Enfin, ne confondons pas notre rôle médical, d’expertise et de soins, avec celui du citoyen que nous sommes aussi. Ce dernier rôle porte à ne pas ignorer les causes humaines (gaz à effet de serre, pollution de l’air, etc.) des changements globaux.

Remerciements

Jacques Reis remercie pour son aide M. Guillaume Brulfert de Atmo Auvergne-Rhône-Alpes.

Correspondance : Jacques.reis@unistra.fr

Les auteurs déclarent ne pas avoir de lien d’intérêt.

Bibliographie

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2. Reis J, Buguet A, Tulek Z et al. Climate-related challenges to brain health: A European perspective review. Rev Neurol 2025 ; 181 : 713-724.

3. Reis J, Buguet A, Tulek Z et al. Climate change and brain health, a risk management approach focusing on the European region. J Neurol Sci 2026 ; 483 : 125836.

4. Reis J, Ransay-Colle M, Buguet A et al. Seven Months After Tropical Cyclone Chido in Mayotte: Early Lessons and Brain Health Challenges. Ann Glob Health 2025 ; 91 : 77.

5. WHO Regional Office for Europe. Health risks of air pollution in Europe: HRAPIE-2 project: updated guidance on concentration-response functions for health risk assessment of air pollution in the WHO European Region. Copenhagen, 2025.

6. Develoux M, Le Loup G, Pialoux G. A case of ciguatera fish poisoning in a French traveler. Euro Surveill 2008 ; 13 : pii: 19027.

7. Chinain M, Gatti CMI, Darius HT et al. Ciguatera poisonings: A global review of occurrences and trends. Harmful Algae 2021 ; 102 : 101873.

8. Redacción RTVC. Las ciguatoxinas han provocado 125 casos en Canarias en los últimos años. 26.10.2022. rtvc.es/ciguatoxinas-provocan-125-casos-en-canarias/. Accès 09/12/25.

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13. Buguet A, Reis J, Radomski MW. Sleep and global warming: How will we sleep when the Earth is hotter? J Neurol Sci 2023 ; 454 : 120859.

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