Épilepsies : « Une dimension psychosociale de la maladie ne peut être ignorée »

Décréter des tops et des flops est pour le moins un exercice délicat. Les tops d’un jour peuvent tourner en flops le lendemain et certains éreintements prématurés se révèleront injustes. Ainsi, où les enthousiasmes ne manquent pas, le scepticisme veille : l’application de l’optogénétique et des cellules souches au domaine de l’épilepsie tiendra-t-elle ses promesses ? La modélisation informatique du fonctionnement normal et pathologique du cerveau survivra-t-elle aux engouements récurrents qu’elle suscite ? Qui vivra verra, comme le dit la sagesse populaire.

Quelles sont les avancées les plus marquantes de ces dernières années dans l’épilepsie ?

Le retour du stress sur le devant de la scène

Le stress traîne une aura désuète, un brin surannée. On songe aux années 1960-70, à Henri Laborit et Alain Resnais, les rats hypertendus au poil abîmé, qui “gèrent mal leur stress”, et on pense à la fameuse “psychosomatique” aux relents calamiteux. Chacun est responsable de ce qui lui arrive. En se concentrant sur son chakra, le cancer on ne l’attrape pas. Le monde moderne et son train d’enfer. Et puis.
Et puis, Helicobacter pylori est arrivé et a réconcilié le sujet et son ulcère. Les liens entre les personnalités du type A et les maladies cardiovasculaires furent relativisés. Des facteurs de confusion avaient été ignorés. Bref, halte aux dérives faciles, à la mise en accusation gratuite, place à la science. Et puis. Et puis voilà : même dans le domaine de l’épilepsie, où il a longtemps été question de faire accepter la séparation du domaine de la maladie mentale, de faire progresser, dans le grand public, l’idée que l’épilepsie est une affection du cerveau et non de l’esprit, force est de constater qu’une dimension psychosociale de la maladie ne peut être ignorée. La définition pratique de l’épilepsie proposée en 2014 souligne l’importance des conséquences neurobiologiques, cognitives, psychologiques et sociales de la maladie [1]. Cette prise de conscience s’est complétée d’une constatation plus récente, et à l’origine d’un retournement paradigmatique, du caractère bidirectionnel de cette relation : la comorbidité psychiatrique n’est pas seulement conséquence de l’épilepsie, elle peut aussi être contributive (Fig. 1). Ce n’est pas qu’on découvre ces liens, mais ce qui est nouveau, c’est l’attention qu’on leur porte [2]. Ainsi, les sujets ayant connu un épisode dépressif ont un risque multiplié par trois à sept de développer ultérieurement une épilepsie [3], et les enfants souffrant de TDAH, par 3,5 [4]. En 2012, une étude épidémiologique montrait que les patients présentaient un risque accru par rapport aux témoins pour la dépression, l’anxiété, les troubles psychotiques, les abus de substance et les tentatives de suicide avant même le début de l’épilepsie [5]. Et le stress ?
Le stress est signalé par le patient comme le facteur majeur contribuant à la survenue d’une crise. Il intervient dans l’ictogenèse, c’est-à-dire la fabrication de la crise hic et nunc, ce qui suggère qu’une intervention sur ce facteur pourrait prévenir sa survenue. Des stratégies de la gestion autonome des états émotionnels et cognitifs, sont développées dans le but de rendre au sujet des moyens de juguler le risque de crise. Ainsi, le neurofeedback, l’hypnose et la méditation, outre qu’ils font l’objet de travaux explorant leurs bases neurobiologiques, commencent à être appliqués en clinique, avec des résultats prometteurs [6]. Enfin, des données suggèrent également que le stress pourrait aussi intervenir en amont de l’épilepsie [7]. Retour au-devant de la scène d’un vieux compagnon, un temps oublié, mais toujours présent.

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