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Sous le porche de l’église Saint-Louis de la Salpêtrière

L’église Saint-Louis de la Salpêtrière s’ouvre sur la cour d’honneur de l’hôpital par un porche fermé par quatre colonnes (Fig. 1). Sous ce porche, se trouvent trois statues dont l’origine est peu connue. Il y a plusieurs années, j’ai demandé à quelques collègues et amis férus d’histoire du site hospitalier le nom et l’auteur de ces statues et je fus surpris de constater qu’aucun ne connaissait les réponses. Cet article souhaite répondre à ces questions en présentant les trois statues qui font partie du paysage de cet hôpital, ainsi que leurs auteurs.

Figure 1 – La façade de l’église Saint-Louis de la Salpêtrière vue de la cour d’honneur. L’église s’ouvre par un porche fermé par quatre colonnes. Sous ce porche, le promeneur peut découvrir trois statues.

Antoine Étex

Les deux statues encadrant la porte d’entrée sont d’Antoine Étex (né à Paris le 20 mars 1808 – décédé à Chaville le 14 juillet 1888). Cet artiste eut un parcours chaotique [1] en phase avec cette période historique qui vit la succession de six régimes politiques différents. Son autobiographie [2], publiée en 1877, est un véritable roman que je recommande vivement à mes lecteurs.
Issu d’une famille modeste, il se définissait comme « turbulent » auprès d’une mère irritable et très (trop) sensible, mais ajoutait « j’étais précoce sur tous les rapports ». À 15 ans, il entra à l’École des Beaux-Arts, deux maîtres furent importants pour sa formation : James Pradier (1790-1852) et Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867). En 1829, il présenta sa sculpture Hyacinthe renversé et tué par le palet d’Apollon (actuellement au musée des Beaux-Arts d’Angers) afin de concourir pour le prix de Rome. Malgré le succès d’estime, il n’eut que le second prix. En 1830, il participa très activement à la révolution contre Charles X. Avec d’autres artistes, il fut chargé de la garde des richesses du Louvre, il confia à son maître Ingres la garde des Raphaël et à Jean-Baptiste Paulin Guérin (1783-1855), celle des Rubens. Quelque temps plus tard, il retrouva ces deux artistes très véhéments se disputant au sujet de Raphaël, « heureusement ils avaient l’un et l’autre déposé leurs armes… » Bien qu’ayant échoué au concours de Rome, il reçut une bourse du ministre François Guizot (1787-1874) qui lui permit de séjourner en Italie de 1831 à 1832. Le récit de son voyage est un véritable roman picaresque. Sa découverte de l’Italie l’enchanta entre émotion artistique et agitation révolutionnaire dans l’Europe des années 1830. Après son installation à Rome, il commença à sculpter un groupe monumental Caïn et sa race maudits de Dieu qui est désormais exposé devant l’église de la Salpêtrière. C’est à Rome qu’il apprit la répression de la révolte polonaise par les Russes et la fameuse formule du général Horace Sebastiani (1772-1851), ministre des affaires étrangères : « L’ordre règne à Varsovie ». Après son séjour, il rentra en France, mais il suivit un chemin loin d’être direct : il visita le Sud de l’Italie, l’Algérie, l’Espagne… De retour à Paris, il connut quelques succès. En 1832-1833, Adolphe Thiers (1797-1877) obtint une somme considérable pour achever certains travaux à Paris. Il contacta Étex pour un trophée de l’Arc de triomphe ; mais ce dernier était loin d’être enthousiaste… Thiers sut le convaincre : « L’auteur du groupe de Caïn seul peut et doit traiter ce difficile sujet. » Finalement, cajolé dans son amour propre, notre sculpteur prit en charge deux des quatre grands trophées de l’Arc de triomphe (ceux situés du côté Neuilly). Cette commande lui valut 160 000 francs et une inimitié farouche de ses contemporains jaloux de son succès. Chargé de nombreux travaux plus ou moins bien rétribués, Antoine Étex vendit peu de ses œuvres d’où ses difficultés financières. En 1848, il s’engagea dans la garde nationale, puis se présenta aux élections encouragé par Adolphe Crémieux (1796-1880). Seuls 23 000 personnes votèrent pour lui, il lui en aurait fallu 100 000 ! Le prince Louis-Napoléon fut plus chanceux. En froid avec le régime, l’artiste partit pour Londres où les résultats des ventes ne furent pas plus à la hauteur. La vie d’Étex s’étira entre polémiques, commandes, et déceptions. En 1851, il fut obligé de quitter le logement de l’Institut qui lui avait été octroyé en 1845. En 1855, il se rendit aux États-Unis et fut même reçu par le président Franklin Pierce (1804-1869). Mais il ne vendit rien ni aux États-Unis ni en Belgique… En 1855, sur l’insistance de certains de ses maîtres, il se présenta en vain à l’Institut. Lors d’une visite à un académicien, il s’entendit répondre « Nous ne sommes pas républicains à l’Institut. » En 1856, il dut se résoudre à vendre de nombreuses œuvres aux enchères [3] ; mais le résultat financier fut très décevant. En 1870, il demanda à être inclus dans la garde nationale, mais dut se résigner du fait de son âge. Après l’armistice, il affirma : « Les Allemands nous ont vaincus par la guerre. Montrons-leur que la France vit encore par son travail, par son industrie et par son art », une attitude qui contraste avec l’esprit revanchard du temps. Après 1870, Étex sculpta encore vingt statues, mais ne put achever son dernier projet, un monument à la gloire de Garibaldi (1807-1882) qui siège sur la place éponyme de Nice. La vie d’Antoine Étex, sculpteur mais aussi peintre et architecte, prit fin le 14 juillet 1888, il fut enterré au cimetière du Montparnasse.

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