Troubles du contrôle des impulsions dans la maladie de Parkinson

Résumé
Les troubles du contrôle des impulsions (TCI) sont des complications comportementales fréquentes dans la maladie de Parkinson idiopathique (MPI), mais restent souvent sous-estimés. Pourtant, ils peuvent conduire à des conséquences majeures pour le patient, parfois financières ou judiciaires, et à une altération de la qualité de vie du patient et de l’aidant. Le facteur de risque principal de survenue de TCI dans la maladie de Parkinson est la présence d’un traitement par agonistes dopaminergiques, mais des facteurs de risque non pharmacologiques ont également été identifiés. Il s’agit de facteurs démographiques, cliniques, de personnalité, cognitifs et également génétiques. Il est important d’identifier précocement ces sujets plus à risque de développer des TCI sous agonistes afin d’adapter la stratégie thérapeutique, et de les surveiller de façon rapprochée grâce à des outils développés pour le dépistage et l’évaluation de ces troubles psycho-comportementaux.

Abstract
Impulse control disorders in Parkinson’s disease
Impulse control disorders (ICD) are frequent psycho-behavioral complications in Parkinson’s disease, but remained underdiagnosed. Yet these psycho-behavioral disorders may have devastating consequences on the patients and caregivers.
The main risk factor for ICDs in PD are dopamine agonists, but clinical studies have also identified non pharmacological risk factors for ICD. These risk factors include clinical, demographical, cognitive, personality and genetic risk factors. The early identification of these subjects with higher risk for PD is critical in order to adapt the treatment strategy, and to closely monitor the occurrence of these complications. Specific evaluation tools have now been designed to better evaluate the severity and impact of ICD in PD.

Introduction
Les troubles du contrôle des impulsions (TCI) sont des complications comportementales fréquentes dans la maladie de Parkinson idiopathique (MPI). Outre les quatre TCI classiques – jeux et achats pathologiques, troubles du comportement alimentaire et hypersexualité –, la phénoménologie de ces troubles est souvent élargie aux troubles du comportement hyperdopaminergiques, incluant l’addiction à la lévodopa, le punding, le hobbyisme, voire l’hypercréativité.Leur prévalence et les facteurs de risque associés à leur survenue ont été largement étudiés ces 10 dernières années. L’association avec le traitement dopaminergique, en particulier les agonistes dopaminergiques, est l’une de leurs caractéristiques. La publication récente des résultats d’une cohorte française de patients parkinsoniens (DIG-PD), montrant qu’après 5 ans de suivi près de la moitié des patients parkinsoniens traités sont susceptibles de développer ces troubles [1], est l’occasion de refaire le point sur ces effets indésirables pouvant avoir des conséquences importantes pour le patient et son entourage.

1. Description et définition des troubles du contrôle des impulsions

Points clés

> Les TCI sont décrits comme des « addictions comportementales ».
> Les TCI observés dans la MPI sont le jeu et les achats pathologiques,
l’alimentation compulsive et l’hypersexualité.
> Des comportements associés aux TCI sont également rapportés dans la MPI.
> La nature excessive de ces comportements n’est pas toujours facile à définir et peut dépendre de comportements antérieurs du patient et du contexte culturel.

Les TCI font partie des complications comportementales de la MPI et sont décrits comme des « addictions comportementales » par analogie aux addictions à des substances.

Ils se caractérisent par des comportements lors desquels une personne ne peut résister à la poursuite de conduites répétitives, excessives et compulsives, d’une façon qui pourrait être dangereuse pour elle-même ou pour les autres, et qui pourrait interférer avec le fonctionnement normal du quotidien.

Les TCI observés dans la MPI sont résumés dans le tableau 1. Ils comprennent l’alimentation compulsive, le jeu et les achats pathologiques et l’hypersexualité [2, 3]. D’autres troubles du comportement associés aux TCI ont également été rapportés dans la MPI sous traitement dopaminergique au long cours.

Il s’agit du syndrome de dysrégulation dopaminergique (SDD) [4] caractérisé par une surutilisation compulsive du traitement dopaminergique, en particulier avec la lévodopa et les agonistes de courte durée d’action.

D’autres comportements associés aux TCI sont également rapportés, tels que le punding (comportements répétitifs, stéréotypés et sans but), le hobbyisme (comportements répétitifs similaires au punding mais pour des activités plus élaborées telles que du bricolage, l’utilisation d’internet, des activités artistiques) [5, 6]. Les déambulations (déplacements excessifs sans but) [4] et le collectionnisme (acquisition et impossibilité de se débarrasser d’un grand nombre d’objets sans ou avec une faible valeur objective) [7] sont également décrits comme des comportements associés aux TCI. Une créativité augmentée a également été décrite chez les MPI traités par agents dopaminergiques, mais la question de son appartenance aux comportements associés aux TCI reste débattue [8, 9, 10].

En effet, une production artistique ou une pensée créative excessives ont été décrites comme non influencées par le traitement dopaminergique au long cours dans la MPI [9], et la créativité verbale et visuelle dans la MPI semble également indépendante des TCI [10].

Ces comportements ont été identifiés relativement récemment dans la MPI puisque les premiers cas de patients parkinsoniens présentant des TCI (hypersexualité) sous traitement dopaminergique ont été rapportés en 1997 [4, 11] et restent souvent sous-estimés, parce que les patients ne les rapportent pas spontanément et qu’il existe encore peu d’outils d’évaluation pour les dépister.

Pourtant, les TCI, pouvant être présents avec des degrés variables de sévérité, peuvent conduire à des conséquences majeures pour le patient, parfois financières ou judiciaires, et à une importante altération de la qualité de vie du patient [12], mais surtout de l’aidant [13].

La nature excessive de ces comportements n’est pas toujours facile à définir, en fonction du comportement antérieur du sujet et des différences culturelles ; ainsi il est généralement admis que ces comportements deviennent problématiques lorsqu’ils sont dangereux pour le patient ou pour son entourage, ou qu’ils ont un impact sur les interactions sociales normales [3].

 

2. Fréquence des TCI dans la maladie de Parkinson

Points clés

> Les TCI sont plus fréquents dans la MPI que dans la population générale, avec une prévalence comprise entre 14 et 46 %.
> La prévalence des TCI reste sous-estimée dans la MPI car les patients rapportent peu souvent spontanément ces symptômes.
> Il existe des outils validés pour le dépistage et l’évaluation des TCI et comportements associés dans la MPI.

Dans la population générale

Les TCI restent relativement sous-étudiés dans la population générale et les données de prévalence disponibles concernent essentiellement le jeu pathologique, qui est retrouvé dans les 12 derniers mois chez 0,2 % de la population en Norvège, 5,3 % à Hong-Kong et de 0,4 à 1,1 % aux États-Unis [14].

Concernant les autres TCI, les achats pathologiques sont rapportés aux États-Unis chez 5,8 % de la population [15], l’hypersexualité chez 3 à 6 % [16] et l’alimentation compulsive chez 2 % de la population [17].

Dans la maladie de Parkinson

Patients MPI traités

Chez les patients parkinsoniens, les TCI (tous types confondus) sont plus fréquents que dans la population générale. Ainsi, les TCI sont retrouvés chez 14 % des patients parkinsoniens versus 0 % chez des témoins sains [18].

Une autre étude retrouve un risque de présenter des TCI 4,56 fois plus élevé chez les patients MPI que dans la population générale [19].

Les données retrouvées par différentes études sont cependant parfois discordantes, puisque le jeu pathologique a été rapporté chez 6,1 % des patients MPI versus 0,25 % des témoins sains dans une première étude [20], puis chez seulement 0,9 % des patients MPI versus 0,9 % des témoins sains dans une étude plus récente [21]. Cette même dernière étude ne retrouvait également pas de différence de prévalence pour l’hypersexualité entre les patients MPI et les témoins sains (1,7 % versus 0 %).

Ces résultats contradictoires pourraient être dus à des méthodes d’évaluation différentes (seuil utilisé pour l’évaluation du jeu pathologique par exemple (South Oaks Gambling Screen SOGS > 3 [2] ou > 5 [21]), mais aussi à des différences concernant la période évaluée (sur toute la vie [20] ou sur les 30 derniers jours seulement [21]).

Lorsqu’on compare la prévalence des TCI chez des patients MPI versus d’autres patients atteints de maladies neurologiques, une prévalence plus élevée est également généralement retrouvée dans la MPI avec 25 % de TCI chez les patients MPI versus 0 % chez des patients ayant présenté un AVC par exemple [22].

Une étude transversale menée chez 3 090 patients MPI retrouvait des TCI actifs chez 13,6 % des patients [23]. Dans cette étude, une association de deux TCI ou plus était retrouvée chez 3,9 % des patients MPI. Une prévalence de 5 % était retrouvée pour le jeu pathologique, 5,7 % pour les achats compulsifs, 4,3 % pour l’alimentation compulsive, et 3,5 % pour l’hypersexualité. Les achats compulsifs et l’alimentation compulsive étaient plus fréquemment retrouvés chez les femmes et l’hypersexualité plutôt chez les hommes [23].

Une revue systématique de 98 études ayant évalué les TCI dans la MPI entre 2000 et 2013 (17 286 patients parkinsoniens) retrouvait une prévalence similaire de 14,2 % pour les TCI [24].

En analysant seulement les données plus spécifiques de 29 études épidémiologiques menées sur cette période (14 929 patients parkinsoniens), la prévalence des TCI était de 10 %. Concernant la prévalence respective des différents types de TCI, on retrouvait 3,7 % de patients avec un punding ou un hobbyisme, 3,5 % d’hypersexualité, 3,5 % de jeux pathologiques, 2,6 % d’alimentation compulsive, 2,5 % d’achats compulsifs et 0,4 % de SDD (syndrome de dysrégulation dopaminergique).

La plupart des résultats décrits ci-dessus ont été obtenus à partir d’études transversales et il existe encore peu de données sur l’incidence cumulée des TCI dans la MPI. La cohorte DIG-PD (Drugs Interacting with Genes in Parkinson’s disease) a suivi 411 patients MPI ayant moins de 5 ans d’évolution à l’inclusion, recrutés dans 4 CHU et 4 CHG en France [1].

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