L'expertise scientifique

22es Rencontres de Neurologies – Les réponses à vos questions

En cas de céphalées non expliquées chez un patient de plus de 50 ans, avec VS et CRP normales, est-ce que vous évoquez tout de même une maladie de Horton, même sans signes d’appel évidents ?

Thomas Sené : La maladie de Horton avec CRP et VS négatives existe, mais est très rare. Nous ne pouvons donc pas formellement l’exclure sur la simple CRP ou VS négative. En l’absence de points d’appel clinique, la probabilité est quasiment nulle. Par contre, en présence de manifestations cliniques (céphalées, hyperesthésie du cuir chevelu, claudication) ou de complications, il faut savoir évoquer ce diagnostic. Il faut noter que le syndrome inflammatoire a tendance à être moins important chez les sujets très âgés, et on peut également s’aider d’autres marqueurs (fibrinogène, NFS, haptoglobine…) pour rechercher un syndrome inflammatoire. Au moindre doute, il ne faut pas hésiter à faire un examen d’imagerie (échographie, IRM…), qui a une bonne valeur prédictive négative.

Référence : Sené T. Actualités sur la prise en charge de l’artérite à cellules géantes (maladie de Horton). Rencontres de Neurologies 2020, session neuro-ophtalmologie. Mercredi 16 décembre 2020.

Est-ce que MS Copilot® est un outil destiné au patient dès le diagnostic de façon permanente, ou bien est-ce utile à des périodes bien précises, comme le passage à une forme secondairement progressive ?

Saad Zinaï : Au départ, il y a une preuve clinique à apporter. La médecine, et la neurologie en particulier, fonctionne énormément par la preuve. Pour faire adopter ces outils par les patients, il est important que ce soit le médecin qui en soit le prescripteur et qu’il accompagne l’acte de distribution de ces technologies. Sans l’implication des médecins, cela ne peut pas fonctionner, les patients se lassent très vite des applications de santé. Effectivement, cela n’a pas d’intérêt de faire surveiller un patient qui a une forme clinique stable depuis des années, il va s’ennuyer et ne jamais utiliser ce genre de technologie. C’est plus intéressant dans des contextes particuliers. MS Copilot® doit être proposé lors de situations sensibles, où la maladie est susceptible d’évoluer, afin de mesurer les signaux plus faibles et voir si nous pouvons les corréler ensuite avec d’autres paramètres et d’autres biomarqueurs.

Référence : Zinaï S. Mesure du handicap grâce aux nouvelles technologies : apport d’un DM logiciel, MSCopilot. Rencontres de Neurologies 2020, session nouvelles technologies. Lundi 14 décembre 2020.

Quel est l’intérêt de la mélatonine pour les patients épileptiques partant en voyage pouvant souffrir d’un décalage horaire ?

Adrien Didelot : Il n’y a pas de contre-indication à utiliser la mélatonine. Au contraire, tout ce qui peut contribuer sur les décalages horaires dans les séjours prolongés à recaler le rythme biologique ne peut être que bénéfique à l’épilepsie. L’usage de la mélatonine peut donc se justifier, avec habituellement une prise qui se règle à l’heure du coucher sur le pays d’arrivée.

Référence : Didelot A. « Docteur, jepars au Sri-Lanka faire de la plongée sous-marine ! » Épilepsies, voyages et loisirs. Rencontres de Neurologies 2020, session épilepsie. Lundi 14 décembre 2020.

La prescription de sport peut-elle concerner les patients atteints de maladie de Parkinson ?

Nicolas Bayle : Oui, de nouveaux textes de loi sont passés ces derniers mois. Effectivement, que ce soit en salle ou auprès de coachs sportifs, l’encadrement des exercices est une bonne option. J’ai de plus en plus de patients qui font appel à des coachs. Aujourd’hui, tout le monde peut prescrire de l’activité physique et sportive, et cela peut être une bonne alternative à la kinésithérapie conventionnelle, en précisant bien l’amplitude des exercices, le poids, et en établissant un dialogue avec le kinésithérapeute, dialogue qui est central. Cela peut aider la prise en charge de l’ensemble des patients.

Référence : Bayle N. Maladie de Parkinson, syndromes parkinsoniens : place de l’activité physique et prise en charge rééducative. Rencontres de Neurologies 2020, session rééducation. Mercredi 16 décembre 2020.

Après quel délai peut-on juger de la non efficacité des benzodiazépines sur la catatonie ?

Jean-Michel Dorey : Habituellement, la réponse à la catatonie est rapide, dans les 20 à 30 minutes qui suivent l’administration du traitement. En cas de non réponse à une première prise, il est possible de donner une seconde prise. Parfois, la réponse est également partielle, dans ce cas, nous proposerons un protocole de lorazépam réparti sur la journée avec des posologies progressivement croissantes. Ce qui peut surprendre dans le traitement de la catatonie, ce sont justement les posologies maximales que nous serons amenés à utiliser. Si nous prenons l’exemple du lorazépam, la posologie minimale est de 8 mg/jour, mais nous pouvons monter jusqu’à 24 mg/jour. Il faut alors tenir compte des effets secondaires des benzodiazépines, pouvant être importants. La tolérance du traitement est à prendre en considération.

Référence : Dorey JM, Herrmann M. Postures et impostures de la catatonie. Rencontres de Neurologies 2020, session psychiatrie. Lundi 14 décembre 2020.

Quel est le message principal des recommandations de la SFSEP sur les infections urinaires pour le clinicien ?

Cécile Donzé : Rechercher des signes fonctionnels d’infection urinaire quand nous avons un doute. Ce n’est pas toujours simple dans la sclérose en plaques, parce que les patients ont une vessie neurologique avec des pollakiuries. Un patient qui voit son statut urinaire changer, c’est-à-dire quelqu’un qui commence à se lever 10 fois par nuit, ou qui a des urines très malodorantes, doit amener à réaliser un ECBU. Mais, il n’y a pas besoin de faire d’ECBU systématique.

Référence : Donzé C, Lebrun-Frénay C, Papeix C. Infections urinaires et sclérose en plaques. Rencontres de Neurologies 2020, session sclérose en plaques. Mardi 15 décembre 2020.

Une SLA lente peut-elle être décompensée par un traumatisme ?

Marie-Hélène Soriani : Il y a la question des traumatismes qui ont précédé l’installation des symptômes, et ce n’est pas rare de voir des patients qui décrivent un traumatisme physique, ou plus souvent psychologique. Et ce n’est pas uniquement dans la SLA, c’est en effet fréquemment rapporté dans le cancer. Nous ne savons pas si cela a vraiment un effet sur le déclenchement de la SLA. J’avais fait une revue de la littérature il y a quelques années et les données rapportaient cette association sans pour autant pouvoir dire s’il y avait un lien de causalité entre les deux. Pour les SLA lentement évolutives “décompensées par un traumatisme”, ce sont des situations que je n’ai jamais vues. Il faut peut-être se poser la question de l’évaluation du déclin de la SLA : était-ce une évaluation portant sur des données cliniques ? Car, parfois, les patients ont l’impression qu’il y a une aggravation rapide de leur maladie au moment où ils ont perdu une fonction, mais ce n’en est pas vraiment une, c’est une évolution progressive avec perte de fonction brutale.

Référence : Soriani MH. Comment évaluer l’agressivité de la SLA ? Rencontres de Neurologies 2020, session SLA. Lundi 14 décembre 2020.

Que pensez-vous des tableaux d’encéphalopathie aiguë disséminée (ADEM) en contexte Covid-19 ?

Jérôme de Sèze : Nous avons malheureusement eu une grosse expérience à Strasbourg du neuro-Covid-19, indépendamment de la prise en charge des maladies auto-immunes dont je m’occupe. Au départ, nous nous sommes dits que nous allions peut-être avoir un tsunami de pathologies neurologiques liées au Covid-19, des méningites, des méningoencéphalites, etc. Finalement, ça a été le désert. Nous avons eu dans les premières semaines, lors de la première vague, deux Guillain-Barré et un cas d’ADEM assez éloquent. Tout le reste est vraiment indirect, médié par du vasculaire, c’est-à-dire une hypercoagulabilité, ou une augmentation anormale des anticorps anticardiolipine ou antinucléaires, donc nous pensons qu’il y a une activation auto-immune chez certains patients. En revanche, nous n’avons pas réussi par l’entrée de l’IRM, l’examen le plus fiable, à classer vraiment un groupe inflammatoire versus un groupe vasculaire/hypercoagulabilité. Nous avons parfois eu les deux liés. Nous avons eu quelques cas d’ADEM, pas plus que lors d’une épidémie de grippe ou d’autres pathologies virales. C’est surtout au niveau vasculaire où nous avons retrouvé le plus de cas avec nos collègues réanimateurs. Les patients qui ne se réveillaient pas au bout de 2 semaines, nous avons commencé à leur faire des IRM, avec toute la difficulté de la réalisation de ces examens en pleine épidémie de Covid-19.

Référence : De Séze J. Covid-19 et neurologie : quel impact de l’épidémie sur les pathologies neurologiques chroniques ? Rencontres de Neurologies 2020, session neuro-infectieux. Mardi 15 décembre 2020.