EAN 2020 – Retours d’expérience de nos experts

Conclusion : le bilan de ce e-congrès

Par Mikael Cohen

Le congrès de l’EAN 2020 était donc le premier e-congrès de grande envergure à se dérouler dans le milieu de la neurologie.
Les conclusions sont, à l’image du contenu du congrès, contrastées.
Bien évidemment, assister à un congrès virtuel présente un certain nombre d’avantages, notamment cela permet de limiter les déplacements et les coûts. Un certain nombre de personnes, qui n’auraient pas eu la possibilité de se libérer pour assister au congrès en mode “présentiel” classique, ont eu l’opportunité de s’inscrire au e-congrès. C’est mon cas personnel et la situation sanitaire m’a permis de connaître mon premier congrès EAN.
D’autre part, la disponibilité des sessions en replay permet à chacun d’organiser son congrès à sa guise en fonction de son emploi du temps.
Fini également, les courses à travers les couloirs du palais des congrès pour se rendre d’une salle à une autre entre deux sessions.
Malgré cela, il ne faut pas négliger le revers de la médaille, car un certain nombre d’inconvénients existent également. Les congrès présentiels ont pour avantage de favoriser les échanges, les discussions, et ainsi favoriser la mise en place de nouveaux projets et de nouvelles collaborations. À ce niveau, l’organisation en e-congrès est à coup sûr une grande perte. Il en va de même de la possibilité d’échanger avec les auteurs des communications ou des posters. Le système de tchat mis en place rend tout cela assez peu convivial. Sans compter qu’il est difficile de se consacrer à 100 % au suivi du congrès lorsque cela se fait en parallèle des activités cliniques. À ce niveau, l’accès aux sessions en replay est un avantage, mais il est alors impossible d’échanger avec les auteurs.
Enfin, cet e-EAN a souffert de sa jeunesse et un certain nombre de problèmes techniques et d’organisation ont émaillé le déroulement du congrès. Quelques communications (notamment des posters) n’étaient en effet pas disponibles. J’ai pu assister à des sessions dont la diffusion en direct était défaillante, ou à des situations insolites où le modérateur, à distance, essayait de converser avec un orateur dont la connexion était manifestement de mauvaise qualité… Sur ces derniers points, il y a fort à parier que d’importants progrès pourront être faits dans les années à venir si ce genre d’expérience devait être amené à se reproduire.

Retour d’expérience : ceci n’est pas un congrès !

Par Catherine Thomas-Antérion

À l’impossible, nul n’est tenu, n’a pas été la devise adoptée par l’EAN : le congrès de Paris 2020 se tiendrait comme convenu, coûte que coûte ! Nul doute qu’on listera des points positifs parmi lesquels une inscription gratuite en un clic et le programme que les organisateurs avaient concocté pour remplir des salles combles, à disposition sur son écran personnel. On oubliera, pour ne pas être une vieille neurologue chagrine qui n’est pas de son époque, quelques soucis de connexions, une avalanche de questionnaires surgissant dans les courriels et même des tweets de parfaits inconnus disant tout et rien et du reste plutôt rien que tout, sur la réunion, ou encore les chiffres de connexion aux posters : 182 vues pour l’ataxie cérébelleuse et le gène GDAP2 contre 1  140 vues pour les données recueillies en IRM-3D dans l’épilepsie, sans savoir si on lit pour de vrai ces posters et ce que l’on en retient… On évitera de trop parler des slogans de la noble institution appelant à être membre : save money… keep learning… boost your career…
Le congrès virtuel est au congrès, ce que la liseuse est au livre ! Le congrès doublure, comme l’appareil permet de transporter dans sa poche (ou son sac), sa bibliothèque se consomme partout.
J’ai pensé en regardant un certain nombre de sessions (et de posters) au Ceci n’est pas une pipe de Magritte. Qu’aurait-il dit de cette expérience ? Nul doute : Ceci n’est pas un congrès et il aurait peint, à l’intérieur d’un cadre doré, un ordinateur, avec ce slogan.

Trois remarques principales me semblent primordiales.
Filmer une communication et des diapositives ne fait pas le congrès. Il y a un problème de « forme ». On le sait bien, quand on travaille sur des sites de communication scientifique ou des formats comme les e-learnings, qu’un « couper-coller » d’une conférence ne convient pas, tout talentueux que soit le communicant. On imaginerait volontiers que l’EAN, à côté d’un congrès annuel, alimente une revue « à l’ancienne », mais développe aussi des e-learnings en tant que société savante européenne avec éventuellement des niveaux de savoir différents : grand public, internes, seniors, experts, malades experts. La période du confinement nous a montré combien les enseignants du primaire et du secondaire avaient su mettre en commun ou puiser dans des ressources du CNED. Inspirons-nous et militons pour une banque européenne de savoirs en lien avec les sociétés de chaque pays ! Pour commencer, et pour se différencier encore plus, un top 3 par des experts de la société (pourquoi pas senior, junior, et patient expert) des articles parus dans l’année — dans la revue de l’EAN… mais pas que — serait sûrement très dynamisant ainsi que la transmission presque telle quelle, des highlights de synthèse.
Très bon format que les highlights ! Autant certains topos étaient sur l’écran soporifiques… (peut-être qu’en salle, cela aurait été le cas, mais seul à seul, cela ne pardonne pas), autant leurs synthèses par des collègues, tous experts dans leur domaine, le plus souvent concis, étaient fort stimulantes. On pourrait recommander « après le congrès », ce type de format y compris pour une somme modeste et/ou offert et soutenu par un sponsor.
Le hic, c’est l’essence même de ce qu’est un congrès. De la même façon qu’une école est un lieu de socialisation pour l’enfant en sus d’être un lieu où l’on apprend à lire, écrire, compter, le congrès est un lieu de rencontre, de croisement, de mélange. On rappelle la définition du mot : assemblée de personnes appartenant à un même pays ou à des pays différents, qui se réunissent pour une courte période pour délibérer sur un sujet commun (questions scientifiques, etc.). Il ne suffit pas d’entendre une conférence pour être en congrès, percevoir l’atmosphère de la salle est essentiel (on le sait déjà pour les téléréunions fort utiles, mais différentes des réunions en présentiel). Ainsi à Lisbonne en 2018, la thématique générale de l’EAN était la génétique et il était très intéressant de voir en direct les réactions des salles emplies de cliniciens face à des conférences appelant à classer biologiquement les maladies (je pense notamment à l’exposé des nouvelles classifications des taupathies qui avait fait débat pendant et après), cliniciens désarçonnés, perdus, enthousiastes, etc. Sans nul doute, cela permet aussi à l’expert d’avoir une idée générale des connaissances et des attentes du public pour adapter ses propos.

J’ignore comment vous avez fait… mais autant un congrès permet de fermer la boutique, de partir, d’allier un temps de détente (loin de tout) et de concentration pour se former, autant un congrès doublure se consomme, entre deux rendez-vous, après ou avant une activité familiale de week-end, etc.
Le « vrai congrès » permet de retrouver des collègues et c’est fondamental à une époque où l’on parle de la solitude dans le soin et de la nécessité des confrontations. On retrouve « les siens » dans son hyperspécialité avec qui, au fil des années, on tisse des liens solides (utiles au quotidien pour échanger, confronter, monter des études, etc.) et parfois même des liens d’amitié. On réagit à chaud après un topo. Et puis, on retrouve la famille neurologique, ce qui devient encore plus indispensable, à un moment où la neurologie générale n’est guère plus pratiquée et que l’on perd les liens avec les cousins éloignés. En outre, cela nous paraît être la vocation première d’un « congrès généraliste », sinon on s’expose au grand danger de réunions en parallèle monothématiques conduisant à la balkanisation de la spécialité et à un isolement des pratiques. Parfois en congrès, (le vrai) on s’accorde un temps de repos : dans mon expérience, la gabegie du congrès-vacances est derrière nous et du reste, un bulletin de présence à x sessions permet d’y remédier. La distanciation sociale n’est sûrement pas un gage de socialisation neurologique. Une différence significative entre congrès et congrès doublure est la porte que l’on pousse pour aller écouter deux communications dans un domaine « que l’on connaît peu » parce que l’on a un petit trou entre deux sessions passionnantes ou une session posters où l’on va vite avec la possibilité d’échanger avec l’auteur… Sur l’écran, on cherche, en priorité, ce qui intéresse le plus. On s’isole…

Bien sûr, on ne va pas tous les ans à un congrès à l’étranger… Il faut le financer. En Europe, c’est tout de même faisable. Les congrès doivent certainement se réinventer et les congressistes prévoir des enveloppes conséquentes s’ils ne sont pas invités… Pour Lisbonne — pardon de raconter ma vie — nous avions coloué un studio avec une collègue d’une autre hyperspécialité, en se connaissant peu, et cela s’était révélé humainement fort enrichissant. Les réunions nationales, les revues, les e-letters sont là pour se tenir au courant, les années où l’on fait l’impasse. Il serait dommage qu’une réunion européenne devienne un moment de connexion, chacun chez soi, car la réunion de neurologie générale deviendrait des réunions en parallèle d’hyperspécialités et, elle n’y survivrait pas. Enfin, pour certains d’entre nous, surtout les hospitaliers aux manettes, construire des études européennes, homogénéiser ou au contraire différencier les pratiques passe par la rencontre et l’écoute directe des autres : les autres experts et les collègues de terrain.

Retour d’expérience

Par Louise Tyvaert

Comité d’organisation local EAN Paris 2020 // Expérience d’orateur, chairman, auditoire

Faisant partie du comité organisateur local de l’EAN, je ne peux qu’être déçue de ne pas avoir pu accueillir toute la communauté neurologique à Paris… Le travail d’organisation locale sous la direction bienveillante du
Pr Marie Vidailhet nous promettait un congrès d’excellence… Néanmoins, l’EAN Paris sera toujours associé à ce premier événement virtuel majeur qu’aura été l’édition 2020. Il faut le reconnaître, dans les délais imposés par les circonstances, le résultat est exceptionnel ! Plus de 40 000 connexions au site du congrès ! L’EAN a largement dépassé les frontières européennes et s’est invité partout où la neurologie est une préoccupation. Le format gratuit a certainement décuplé cette participation, une inscription à prix réduit pour l’accès virtuel devrait maintenir ce large auditoire lors de congrès à venir. Si ce format numérique répond à une urgence sanitaire, il permet d’envisager une évolution de nos futurs congrès. En effet, le format numérique présente l’avantage certain pour ceux qui ne peuvent se déplacer d’accéder aux communications, et ce, avec une qualité certaine, en préservant un minimum d’interactivité. Néanmoins, résumer nos futurs congrès à ce format uniquement virtuel serait une énorme erreur. En effet, les congrès restent des moments privilégiés de rencontres et d’échanges essentiels à l’émulation scientifique et médicale. Les échanges les plus efficaces et durables se font lors de moments conviviaux… seul le présentiel permet cette convivialité… Ne tombons donc pas dans la facilité de la “virtualité”.
À l’avenir, je plébiscite le retour à un format de congrès en présentiel, avec une option possible en virtuel pour ceux qui le désirent.

Points forts

  • Facilité de connexion
  • Accès à un congrès de niveau international de chez soi !
  • Gain de temps : pas de déplacement
  • Coût réduit : accès gratuit pour cette première fois et probablement à frais réduits par rapport aux frais d’inscription de manifestations en présentiel pour les congrès à venir
  • Un auditoire élargi : des milliers de connexions, a priori 41 000 personnes connectées ! Un auditoire jamais égalé pour un congrès de neurologie
  • Optimisation maximale du temps passé : possibilité d’effectuer une sélection des sujets intéressants et de les écouter à la suite des uns des autres. Possibilité d’arrêter une communication en cours finalement moins pertinente que prévue et d’enchaîner sur une autre d’emblée. Au total, formation continue faite en 1 journée au lieu de 4 sur les thématiques de choix
  • Plus de communications accessibles : possibilité d’entendre des communications se déroulant dans le programme de manière simultanée en utilisant le streaming, plus besoin de choisir entre deux communications !
  • Flexibilité des plages d’écoute : possibilité de regarder les sessions du congrès encore 3 jours après la fin du congrès
  • Qualité des communications : pas de communications trop longues, celles-ci ayant été préenregistrées, et timing préservé des sessions, anglais de qualité (les orateurs ont pu faire lire leur communication par d’autres)
  • Vidéos de présentation de haute qualité malgré des délais de réalisation écourtés (opening ceremony et lancement de l’EAN Vienna) (Fig. 1)
  • Côté ludique : découverte des fonds d’écran divers proposés par les orateurs présents en ligne (fond d’écran artificiel, domicile…) ! (Fig. 2)

Figure 1 – Vidéo de présentation de la cérémonie d’ouverture EAN Paris 2020 et d’introduction de la future EAN à Vienne.

Figure 2 – Affichage vidéo des orateurs présents en direct.

Points faibles

  • Aucune rencontre et aucun échange possible avec d’autres équipes, collègues
  • Absence d’émulation intellectuelle habituelle obtenue grâce aux échanges et rencontres souvent fortuits
  • Limite les interactions sociales amicales essentielles à l’émergence de travaux collaboratifs
  • Limite la visibilité des équipes à l’étranger
  • Moins d’écoutes “passe-temps” dans d’autres thématiques permettant d’élargir nos connaissances
  • Qualité technique : certaines communications ont eu des problèmes de son et vidéo. Même si ce n’était pas fréquent, cela pose un problème lors de sessions vidéo
  • Impossibilité de proposer des sessions interactives type cas cliniques, discussion vidéo…
  • Pas de vidéo des orateurs : les communications enregistrées le sont sur un format simple sans vidéo de l’orateur. Cela diminue l’interactivité et contribue à la perte de visibilité de l’orateur (lien étude/thématique et auteur)
  • Expérience de chairman : une seule personne pour gérer la session, avec des orateurs pas ou peu présents en direct. C’est une vraie limite dans la qualité des interactions possibles avec l’auditoire. Les sessions en direct n’avaient pas de réelle plus-value que le visionnage simple en streaming (Fig. 3)
  • Site web du congrès : peu pratique, avec une visibilité des communications disponibles, des sessions en ligne à améliorer (choix de couleur distinct par salle ?), le site serait à adapter pour être plus maniable et lisible (souvent difficulté à visualiser les pages sur l’écran, coupure des pages ou obligation de dézoomer l’écran pour tout afficher, mais le texte devient alors illisible…) (Fig. 4)

Figure 3 – Pas de vidéo disponible de l’orateur lors des sessions enregistrées. Le chairman assure seul en direct l’animation de la session et transmet à l’orateur (si celui-ci est également en ligne) les questions de l’auditoire adressées par tchat.

Figure 4 – Faible lisibilité du programme et des sessions en cours sur le site du congrès en ligne.

Par Ana Marques

La disponibilité des sessions en ligne permet de constituer un programme personnalisé à regarder à la demande, et de ne devoir faire aucun choix. En effet, il arrive parfois, lors des congrès en présentiel, de devoir choisir entre deux sessions d’intérêt proposées ; le format virtuel nous libère de ce genre de contrainte. Il devient possible de regarder les sessions à n’importe quelle heure, n’importe où. Par ailleurs, il est parfois difficile de rester concentré pour plusieurs sessions à la suite, et il arrive de perdre un peu le fil du propos de l’orateur lors de certains passages plus compliqués ; ici encore, il est possible, grâce au format virtuel, de mettre la présentation en pause et de revenir sur certains passages.
Bien sûr, la dimension humaine manque à ce format, et se rendre en personne à un congrès est toujours l’occasion de discuter, d’échanger plus facilement qu’en virtuel. Mais devant le nombre important de congrès et de formations proposées, devant le coût économique et écologique de ces déplacements, cette expérience de congrès virtuel, qui pouvait sembler infaisable il y a peu de temps, devient une réponse efficace et pleine d’avantages.

Par Caroline Moreau

Avant que le congrès ne soit prévu en virtuel, nous avons effectué une proposition de session dans le sous-groupe MDS-ES (Movement Disorder Society – European Section) qui est représenté à l’European Academy of Neurology (EAN). Cette proposition a été sélectionnée, et recréée avec trois orateurs : Anat Mirelman (Tel Aviv) pour les méthodes innovantes de rééducation, Miguel Coelho (Lisbonne) sur les signes cliniques axiaux généraux et moi-même.
Quand le congrès est passé en virtuel, l’organisation m’a contactée par email pour me demander si j’acceptais encore de participer.
Au fur et à mesure, des instructions m’ont été transmises concernant la construction du diaporama et de son envoi.
La veille au soir du congrès, une organisation technique était présente, avec la possibilité de faire des appels en visioconférence avec le technicien. Nous avons eu un problème technique important concernant deux des trois présentations de la session, lié à un décalage du texte avec le défilement des diapositives. Le premier orateur n’a pas réussi à se connecter à temps pour sa période de questions/réponses sur le tchat. Un problème sonore (écho) a également perturbé les sessions de tchat.
Malgré cela, nous espérons que les personnes intéressées par la thématique ont pu avoir accès aux diaporamas après la session et que les problèmes techniques ont été résolus.
Je pense que dans le futur, il y aura de nombreux congrès organisés de cette manière, lorsque la technique suivra !

Par Nicolas Capet

La crise sanitaire médico-économique et sociale engendrée par l’épidémie de COVID-19 a fait émerger une nouvelle forme d’accès à la connaissance scientifique en 2020. Contraints de rester confinés au domicile ou sur leur lieu de travail, les médecins, neurologues et chercheurs en neurosciences se sont spontanément et naturellement tournés vers le numérique. Devant l’annonce d’annulation ou de report des manifestations scientifiques mondiales, certaines d’entre elles ont donc eu lieu virtuellement pour contourner les barrières physiques liées aux mesures de confinement général.

Ainsi, la première édition du congrès de l’European Academy of Neurology (EAN) virtuel en 2020 pourrait-elle représenter un exemple moderne d’une nouvelle forme de partage et de diffusion des connaissances ? Pourrait-il s’agir d’une révolution médico-économique, écologique et sociale ? Quelles sont les forces et les faiblesses d’un nouveau canal d’apprentissage et de discussion qui privilégie la communication dématérialisée et incite toutes les générations à rester connectées pour travailler à distance ? Nous connaissons déjà le bénéfice de la télémédecine pour les urgences neurovasculaires dans les régions où l’accès médical est limité pour des raisons géographiques, mais la généralisation des téléconsultations pour protéger nos patients les plus vulnérables nous amène à repenser notre métier au quotidien. Quand, par le passé, nous faisions appel à la mémorisation pour retranscrire et enseigner l’art de la neurologie, nous utilisons aujourd’hui largement la vidéo sur smartphone pour l’aide au diagnostic clinique d’épilepsie, de mouvements anormaux, caractériser des troubles de la marche et des troubles somatoformes… Malgré les atouts évidents du numérique, l’approfondissement des techniques d’explorations fonctionnelles, le développement de l’intelligence artificielle, l’examen clinique neurologique minutieux reste, encore aujourd’hui, fiable et indispensable.

En tant que jeune neurologue, actuellement chef de clinique des Hôpitaux de Nice, je voudrais remercier la revue Neurologies de partager mon expérience à l’occasion du premier congrès virtuel de l’EAN, fondé en juin 2014 et réunissant une cinquantaine de sociétés savantes européennes et plus de 45 000 neurologues et neuroscientifiques. J’adresse aussi mes remerciements à l’EAN pour la gratuité de l’édition virtuelle de 2020 qui a permis aux internes intéressés d’y accéder. En effet, rappelons que l’année 2019 a été marquée par l’interdiction de financement à l’égard des internes en médecine, réduisant en conséquence leur accès aux manifestations de leurs spécialités. L’avènement du virtuel pourrait-il donc annoncer une popularisation de la connaissance scientifique en réduisant les coûts et les prix d’inscription ?

Concernant mon expérience du congrès virtuel de l’EAN 2020, je rappelle en premier lieu l’accès gratuit pour tous, grâce à une simple inscription rapide en ligne lors de la création d’un compte personnel. Sans ce point positif essentiel, je n’aurais tout simplement pas bénéficié de cette expérience enrichissante. Notons aussi que, malgré les dates annoncées dont deux jours de week-end, l’un des atouts logistiques a été de permettre le visionnage différé de chacun des contenus scientifiques dispensés. Il aurait été encore plus bénéfique de permettre un enregistrement des conférences avec l’accord des auteurs pour renforcer la pérennité des travaux présentés. L’interface proposée sur une page web unique a offert une facilité de navigation permettant de cibler les sujets d’intérêt. Une plateforme de discussion a permis d’échanger, de réagir succinctement en direct et après-coup. La recherche de présentations et de e-poster par mots-clés s’est révélée fonctionnelle et efficace. De façon évidente, sur le plan personnel, la connexion internet impossible transitoire en montagne a été le principal facteur limitant, empêchant tout simplement l’accès au contenu. Par ailleurs, notons que la qualité sonore et visuelle des présentations variait en fonction des sessions et malheureusement certains auteurs n’ont pas pu diffuser leur travail pour des raisons techniques. Il y a donc naturellement des points techniques à améliorer pour optimiser l’accès au contenu et maximiser les échanges. Cependant, le numérique ne pourra pas remplacer l’enrichissement du contact humain au décours d’une poignée de main aujourd’hui interdite, les rencontres autour d’un café ou les débats passionnés pour défendre un poster. L’EAN 2020 n’a pas été l’occasion de voyager pour certains, de découvrir ou de redécouvrir Paris malgré les transports, l’hébergement, le temps et la fatigue et les inconvénients qu’un séjour peut représenter… Sans parler des annulations, des déplacements de consultations, de réorganisation des agendas, de frais d’organisation personnelle, mais nous imaginons facilement que l’empreinte carbone a elle aussi considérablement diminué… Certains disent même choisir un congrès en fonction de sa ville, de la destination et de ses environs ! Changer de pratique présente sans doute beaucoup d’autres avantages, mais aussi des inconvénients inévitables qui nous amènent à revoir notre vision des conférences, congrès, réunions, présentations, journées scientifiques, colloques et autres communications.

Ces deux expériences ne sont néanmoins que très peu comparables quand on se souvient courir après le temps pour choisir la supposée meilleure présentation et rater d’autres communications en temps réel. Le virtuel nous offre à moindre coût la possibilité d’un accès à la connaissance à son rythme en nous libérant des contraintes physiques. Il est donc peut-être temps de réfléchir à changer l’offre de la divulgation scientifique en proposant des rencontres virtuelles enrichissantes, fréquentes et peut être réservées aux informations les plus pertinentes, les congrès présentiels non pas tous les ans, mais tous les 2, 3 ou 5 ans ? Ainsi, nous tirerons peut-être aussi parti des avantages du virtuel en rendant gratuit un plus grand nombre de communications numériques annuelles ou biannuelles ? Poursuivons donc la réflexion pour mieux changer les habitudes et les heuristiques de l’information pour une meilleure science.

Neurologie du COVID-19, l’épidémiologie au premier plan

Par Thomas De Broucker

Une session que j’ai été bien heureux de pouvoir rattraper ce mardi, ayant complètement oublié de me connecter samedi en temps réel. Il y avait 2 000 participants en temps réel. Des communications de qualité, en dehors de celle de James Stevens, président de l’AAN, dont les propos ont consisté en une présentation hagiographique de l’AAN et de ce qu’elle fait pour ses membres, y compris en période épidémique.
Agrément de la “lecture” en différé des exposés-diaporamas, qui peut se faire chacun à son rythme, permettant des captures d’écran de bonne qualité, d’exploiter des textes et des tableaux toujours trop abondants, trop fournis et complexes pour ne pas nécessiter de “revenez-y” quand on souhaite garder une trace solide et utilisable, autorisant la critique, ou le complément, des données présentées.
Intérêt général de l’intervention de Ken Tyler (Colorado, États-Unis… pourquoi un orateur du Colorado sur le COVID-19 plutôt qu’un Européen ? Mystère) sur les manifestations neurologiques associées au COVID-19 décrites à ce jour : exhaustif et bien fait.
Intérêt encore plus grand de l’intervention très actualisée d’Elena Moro (EAN, Grenoble) qui a fait l’état des lieux des connaissances et publications en Europe, notamment des registres italiens, français, portugais, espagnols et britanniques, publiés ou à venir, et du registre européen : ENERGY.
Je n’ai pas gardé de souvenir intéressant des discussions après chaque intervention.
Le COVID-19 a rempli un amphi de plus de 2 000 places : pas mal !
Pas eu besoin de se déplacer : empreinte carbone réduite à la consommation d’électricité des ordinateurs et des serveurs. Le différentiel avec un congrès présentiel doit être faramineux. Je vote POUR ! Avec un souhait… pouvoir télécharger les présentations.

Retour d’expérience sur l’EAN en version virtuelle

Par Gabriel de Mijolla

Le premier contact se fait par le site, qui n’est pas des plus ergonomiques. Il met en avant le live, ce qui est un point fort, mais il n’est pas évident de trouver le programme. Celui-ci est peu pratique. En effet, nous n’avons pas de vue d’ensemble sur un écran d’ordinateur (j’ai un écran 13 pouces) et nous ne voyons que quelques salles à la fois, obligeant à défiler latéralement à l’aide de la barre de la couleur saumon, qui ne saute pas aux yeux. L’autre point négatif de ce programme est l’absence de visibilité des différents types de session avec seulement trois couleurs regroupant plusieurs sous-catégories. Une classification par sous-spécialité (mouvements anormaux, douleurs, épilepsie, etc.) aurait été la bienvenue, pour s’orienter plus facilement selon les affinités de chacun.

Concernant les vidéos, j’ai été globalement satisfait de la qualité technique, malgré quelques coupures. Cependant, certaines vidéos, en particulier le dimanche, avaient du mal à charger, voire ne chargeaient pas, probablement du fait d’un nombre de connexions trop élevé pour les capacités des serveurs.

À propos des intervenants, j’ai été tout à fait satisfait de leur discours. Je m’explique. Je parle anglais avec un niveau suffisant pour me débrouiller et je ne le pratique pas couramment à l’oral. J’avais donc une certaine appréhension vis-à-vis de ma capacité à comprendre les intervenants sans aide (sous-titres par exemple). Heureusement, ces derniers, dans leur ensemble, parlaient avec un débit permettant leur compréhension et les diaporamas associés permettaient de bien accrocher au propos et de le comprendre sans être un anglophone expert.

La section poster est une très bonne idée, mais le format des posters n’est pas adapté à un écran d’ordinateur de taille standard ; cela passe sans souci sur un écran plus grand, mais là il faut zoomer, se déplacer sur le poster, ce qui perd donc une partie de son intérêt. La sonorisation est le point fort. Il vaudrait peut-être mieux changer de format comme un court diaporama de moins de 10 slides. Un point faible comparé au présentiel est le fait qu’on a tendance à se balader dans les posters et à les regarder s’ils nous attirent l’œil et ce, même s’ils ne traitent pas d’un thème qui nous intéresse spontanément.

Pour résumer, je pense que ce format de congrès n’est pas viable en tant que tel, mais est un complément indispensable à l’avenir des congrès.

Points forts de la formule virtuelle

• La possibilité de regarder les vidéos en différé est très intéressante et permet de pouvoir profiter de plusieurs sessions en même temps, ce qui n’est pas le cas en présentiel.
• Nous pouvons en profiter sans avoir à modifier notre emploi du temps professionnel de façon importante.

Points faibles de la formule virtuelle

• Je trouve que l’on perd une partie du charme des congrès, qui est de rencontrer différentes personnes, de revoir des collègues et d’échanger, partager avec eux sur leurs expériences quotidiennes.
• Cette version est moins immersive qu’en présentiel, où l’on a fait l’effort de se libérer pour y aller et que d’une certaine façon on a envie de rentabiliser son temps et même parfois de faire un retour aux collègues qui n’ont pu y aller.

Par Mihaela Bustuchina Vlaicu

Retrouvez son interview en cliquant sur l’image :

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