Épilepsie et démence : des liens étroits ?

L’épilepsie est une comorbidité sous-diagnostiquée dans la population de patients atteints de troubles cognitifs. Nous utiliserons une série de questions/réponses pour évoquer les différentes problématiques soulevées par cette association épilepsie-démence.

1. L’épilepsie est sous-diagnostiquée dans la démence : est-ce un problème ?

Épilepsie : une comorbidité sous-diagnostiquée

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le sous-diagnostic de l’épilepsie dans la population de patients atteints de troubles cognitifs. Déjà en charge des diagnostics syndromiques épileptiques et des épilepsies pharmacorésistantes, avec notamment l’évaluation préchirurgicale, les spécialistes de l’épilepsie peinent à s’occuper de cette population âgée et trop dense pour être absorbée dans la filière classique. D’autre part, les spécialistes des pathologies cognitives sont peu familiarisés avec la pathologie épileptique. De plus, la symptomatologie épileptique dans la population atteinte de démence est différente de celle présentée par les sujets plus jeunes, et les repères diagnostiques classiques ne peuvent donc pas s’appliquer. Par ailleurs, l’atteinte cognitive des patients rend difficile le diagnostic anamnestique des épilepsies partielles, souvent riches en signes subjectifs.

Augmentation de la morbi-mortalité

Les répercussions d’une épilepsie non traitée sont importantes en termes de morbidité et de mortalité dans la population atteinte de pathologies cognitives neurodégénératives. En effet, les crises d’épilepsie majorent le risque de chute, de traumatismes divers et de mort subite (SUDEP). De plus, les conséquences des chutes et traumatismes sont souvent plus sévères dans cette population fragilisée que dans la population épileptique jeune du fait des comorbidités (ostéoporose avec risque fracturaire, par exemple) et des traitements associés (risque hémorragique du fait des anticoagulants, etc.) [1]. En outre, on constate une aggravation transitoire des troubles cognitifs en périodes per et postcritique. Le retentissement cognitif postcritique dure parfois plusieurs heures chez le sujet âgé déjà altéré cognitivement, et peut se traduire par une confusion et une agitation prolongée, sources d’accidents domestiques.
L’atteinte épileptique chronique est responsable d’une aggravation du pronostic naturel de la maladie neurodégénérative sous-jacente, avec une accélération de l’institutionnalisation et une diminution de la survie [2-4]. L’épilepsie est donc un facteur de risque d’aggravation de la pathologie démentielle et d’augmentation de la morbi-mortalité [1-4]. Son dépistage et son traitement permettraient de prévenir certaines complications et, peut-être, de limiter l’aggravation de la pathologie cognitive sous-jacente (ce dernier point reste néanmoins à prouver).

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