L’épilepsie-absence : Une épilepsie focale ? Que nous apprennent les modèles animaux ?

Résumé
Notre connaissance de l’épilepsie-absence a beaucoup progressé ces 15 dernières années du fait de l’existence, chez certains rongeurs, des principaux symptômes de cette forme d’épilepsie. En particulier, l’exploration de deux lignées de rats « modèles » de l’épilepsie-absence avec plusieurs techniques d’enregistrement électrophysiologique et d’analyse des signaux recueillis a permis de démontrer l’existence d’une région corticale initiatrice des décharges de pointes-ondes, de déterminer le rôle des principales couches corticales, de caractériser les circuits neuronaux mis en jeu et d’étudier leur mise en place au cours de la maturation corticale.

Abstract
Absence-Epilepsy : Focal epilepsy? What do animal models tell us?
Our knowledge of Absence-Epilepsy has progressed considerably during the last 15 years because of the existence, in some rodents, of the main symptoms of this form of epilepsy. In particular, the exploration of two strains of rats «models» of Absence-Epilepsy with several techniques of electrophysiological recordings and signal analysis, made it possible to demonstrate the existence of a cortical region initiating spike-and-wave discharges, to determine the role of the main cortical layers, to characterize the neural circuits involved and to study their building-up during cortical maturation.

L’épilepsie-absence de l’enfant est caractérisée par des crises non convulsives qui affectent le cortex de façon bilatérale et synchrone. Depuis le début des années 2000, plusieurs travaux chez le rat, mais aussi chez l’Homme, ont montré que ces crises sont initiées dans une région limitée du cortex et se propagent très rapidement à d’autres structures corticales et sous-corticales. Peut-on encore parler d’épilepsie « généralisée » ?

L’épilepsie-absence : une forme prototypique d’épilepsie idiopathique

L’épilepsie-absence qui survient chez l’enfant vers l’âge de 5-7 ans est un syndrome épileptique bien défini dans lequel les patients présentent des crises non convulsives caractérisées par une altération transitoire de la conscience, mise en évidence par une perte de réactivité aux stimuli environnementaux accompagnant une cessation d’activité. Ces crises peuvent être accompagnées d’automatismes ou de composantes toniques ou cloniques modérées qui affectent les membres, les globes oculaires ou les paupières [1]. Les crises d’absence sont associées sur l’électroencéphalogramme (EEG) à des décharges bilatérales et synchrones de pointes-ondes (DPO) ayant une rythmicité de 3 c/s, qui débutent et se terminent brusquement, sans dépression ou ralentissement post-critique. Ces crises et les DPO concomitantes, qui durent généralement entre 10 et 20 secondes, peuvent survenir fréquemment chez certains patients, plusieurs centaines de fois par jour dans certains cas, principalement pendant l’éveil calme, l’inattention et les transitions entre le sommeil et l’éveil. La sensibilité pharmacologique des crises d’absence est également spécifique : elles sont supprimées par plusieurs antiépileptiques à large spectre (valproate, lamotrigine, lévétiracétam), mais surtout par l’éthosuximide, pourtant inefficace dans toutes les autres formes de crises d’épilepsie. En revanche, les crises d’absence sont aggravées par la carbamazépine connue pour son efficacité contre les crises convulsives généralisées et les crises focales [1]. Chez environ 70 % des patients atteints d’épilepsie-absence, une rémission est observée à l’adolescence. Pour qualifier les crises de type absence, on utilise le terme de « crise généralisée », par analogie avec d’autres types de crises (myocloniques, tonico-cloniques), dans lesquelles on note une altération de la conscience et un aspect bilatéral synchrone et symétrique de la décharge épileptique.

Des modèles d’épilepsie-absence chez le rat

Dans les années 1980, deux équipes ont chacune développé un nouveau modèle d’épilepsie-absence chez le rat, remplaçant ainsi, assez rapidement, le modèle de DPO résultant de l’injection de gamma-hydroxybutyrate (GHB) qui était jusqu’alors utilisé. À Strasbourg, Marguerite Vergnes, Gabriel Micheletti, Christian Marescaux et moi-même avons observé que certains des rats de notre laboratoire présentaient des DPO lors d’un enregistrement EEG cortical. Cette observation était tout à fait fortuite, car nous cherchions alors à créer un nouveau modèle d’épilepsie mésio-temporale par injections locales de kaïnate, de cobalt ou de crème d’alumine dans les régions limbiques. Chez environ 30 % des animaux du groupe contrôle et donc n’ayant reçu aucun traitement, des décharges bilatérales et synchrones de pointes-ondes survenaient de façon spontanée. Pendant ces décharges, les rats arrêtaient leur comportement et présentaient des clonies des vibrisses [2]. Acceptant cette merveilleuse sérendipité, nous avons mis de côté le projet initial (nous y reviendrons 20 ans plus tard et chez la souris cette fois !) et nous nous sommes « focalisés » sur ce qui nous a paru rapidement être un excellent modèle animal pour comprendre l’épilepsie-absence (voir Encadré 1 et Figure 1).

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