Les symptômes non moteurs pelvi-périnéaux dans la maladie de Parkinson : évaluer et prendre en charge

Résumé
Les troubles urinaires, dont la nycturie est le plus fréquent, font partie des symptômes non moteurs les plus courants de la maladie de Parkinson et sont associés à sa durée d’évolution ainsi qu’à son stade. Leur évaluation repose sur l’interrogatoire, l’examen clinique, le catalogue mictionnel et la recherche d’un résidu post-mictionnel. L’arsenal thérapeutique comprend les règles hygiénodiététiques, la stimulation du nerf tibial postérieur, les médicaments en cas d’urgenturie ou la desmopressine en cas de nycturie sur polyurie nocturne. Les troubles ano-rectaux sont également fréquents, la constipation faisant partie des signes prémoteurs. Leur traitement est symptomatique, reposant sur les laxatifs. Les dysfonctions sexuelles sont multifactorielles et altèrent la qualité de vie. Les troubles sexuels concernent le désir, l’excitation et l’orgasme. Il s’agit rarement d’hypersexualité. Leur dépistage et leur prise en charge sont nécessaires, le maintien d’une activité sexuelle étant associé à une moindre dépendance.

Abstract
Non-motor pelvi-perineal symptoms in Parkinson’s disease: assess and manage
Lower urinary tract symptoms, the most common of which is nocturia, are among the most common non-motor symptoms of Parkinson’s disease and are associated with its duration of progression and stage. Their evaluation is based on clinical examination, voiding diary and elimination of a post-void residual volume. Therapeutic options include fluid and diet management, posterior tibial nerve stimulation and drugs in case of urgencies or desmopressin in case of nocturia related to nocturnal polyuria. Bowel disorders are also frequent, constipation being one of the premotor signs. Their treatment is symptomatic, based on laxatives. Sexual dysfunctions are multifactorial and have a negative impact on quality of life. They concern desire, arousal and orgasm, rarely they consist of hypersexuality. Their detection and management is necessary, as active sexual life is associated with better motor and non-motor outcomes.

Introduction

L’importance des symptômes non moteurs (SNM) de la maladie de Parkinson (MP) est reconnue du fait de leur retentissement sur la qualité de vie et de leur rôle en tant que facteur d’institutionnalisation aux stades les plus avancés [1]. Plusieurs fonctions sont ainsi touchées : gastro-intestinale, urinaire, sexuelle, cognitive, psychiatrique, cardiovasculaire, etc. Les SNM pelvi-périnéaux (SNM-PP), comprenant les fonctions urinaire, sexuelle et gastro-intestinale, sont rapportés pour être les plus fréquents. Ainsi, dans l’une des premières études multicentriques d’envergure sur 1 072 patients italiens [1], 98,6 % rapportaient au moins un SNM : les plus fréquents étaient les gastro-intestinaux (61 %), suivis par les douleurs (60,9 %), puis par les troubles urinaires du bas appareil (TUBA) (57,3 %). Les dysfonctions sexuelles (DS) étaient parmi les SNM les moins fréquemment rapportés (19,6 %). Les SNM gastro-intestinaux comprennent notamment les troubles ano-rectaux (TAR) comme la constipation et l’incontinence fécale (IF) [2]. Les SNM urinaires sont généralement secondaires à une anomalie de la phase de continence (nycturie, urgenturie, incontinence urinaire [IU]), rentrant dans le cadre d’un syndrome d’hyperactivité vésicale (HAV) [3]. Les DS concernent à la fois le désir, l’érection, la lubrification vaginale et l’orgasme, mais également l’hypersexualité qui fait partie des troubles du contrôle des impulsions [4]. Contrairement aux troubles moteurs, ces SNM-PP sont souvent non dopa-sensibles, ce qui implique que leur physiopathologie est complexe. En effet, même s’ils peuvent être directement imputés à la dysautonomie parkinsonienne ou aux traitements de la MP, dans certains cas ils sont aussi dus aux comorbidités et/ou à leurs traitements, nombreux chez ces patients généralement vieillissants.

Les troubles urinaires du bas appareil (TUBA)

Physiopathologie

En conditions normales, l’activité coordonnée de la vessie et des sphincters urétraux se traduit par un remplissage à basse pression et une vidange volontaire. Cette synergie vésico-sphinctérienne est permise grâce à un réseau neuronal distribué à travers les voies parasympathique (cholinergique), orthosympathique (noradrénergique) et somatique (cholinergique) [5]. La phase mictionnelle est initiée par une décision consciente, déterminée par la perception d’une plénitude vésicale et d’une évaluation des conditions « sociales » pour réaliser la miction. Pendant le remplissage vésical, les nerfs sympathiques et pudendal médient la contraction des sphincters lisse et strié. Leur contraction maintient la continence, tandis que l’inhibition du détrusor (sympathique) empêche sa contraction et assure une basse pression. Quand il est jugé approprié d’uriner, le centre mictionnel pontique (PMC) est libéré de l’inhibition tonique des centres corticaux et sous-corticaux cérébraux et l’activation-inhibition réciproque des sphincters-détrusor est inversée. En réponse à la stimulation parasympathique, la contraction du détrusor, accompagnée de la relaxation des sphincters urétraux, entraîne une vidange vésicale rapide et complète (Fig. 1) [5].

La lecture de cet article est réservée aux abonnés.

Découvrez nos offres d'abonnement

Abonnez-vous à la revue et accédez à tous les contenus du site !

  • Tous les contenus de Neurologies et NeuroTV en illimité
  • Les 10 numéros papier
  • L'inscription gratuite aux Rencontres de Neurologies
  • Les newsletters mensuelles
  • 80 numéros d'archives numériques

ou

Achetez cet article

Ajoutez cet article à votre panier, procédez au paiement et retrouvez-le dans votre espace.

ou

Inscrivez-vous gratuitement sur Neurologies.fr et bénéficiez de l'accès à une sélection d'articles !

  • Les actualités de Neurologies et NeuroTV, dédiées aux professionnels de santé
  • Les newsletters mensuelles